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Objectif pêche à Genève

L’histoire du Rhône /Arve

Le Rhône et l’Arve

Le Rhône est un fleuve dual, interrompu, en aval de Bellegarde, par un gouffre et des rapides. Du point de vue ichtyologique, la partie amont de son bassin peut être qualifiée d’atlantique car, après les glaciations, les poissons qui l’ont peuplée sont venus du nord. La partie aval, méditerranéenne, n’atteint le territoire suisse que par le Doubs.

La ville de Genève, située à la naissance de la portion du Rhône qui nous occupe ici, celle qui va du Léman au Fort de l’Ecluse, est idéalement placée pour tirer profit de la pêche et pour susciter, auprès des naturalistes, un intérêt pour les poissons. C’est à Genève en effet que, bien avant les remarquables publications ichtyologiques qu’on y imprimera au XIXe siècle, fut dressé le plus ancien inventaire illustré de Suisse romande.

La régale de la pêche

De nature régalienne, les droits de pêche étaient souvent détenus par des laïques, des ecclésiastiques ou des communautés urbaines ou religieuses, sous forme de fiefs affermés à des particuliers.

En 1120, l’évêque attribue au Chapitre de Saint-Pierre cinquante sous de cens annuel sur sa pêcherie de Genève, en dédommagement de redevances perdues dans le massif des Bauges. En 1124 et 1155, il possède le rivage et la pêche du lac . En 1156, il obtient du comte qu’il se soumette au jugement de sa Cour concernant le jour de pêche par semaine dont le second l’a privé dans la venne*

(venna). Au XIIIe siècle, le vidomne (seigneur temporel) reçoit la pêche du Rhône le mardi de chaque semaine, ainsi que deux truites qu’il peut choisir, l’une en hiver et l’autre en été. En juin 1234, à la suite d’un arbitrage, l’évêque est contraint par le Chapitre de rétablir la venne avant Pâques et de lui donner cinq poissons. En août 1267, il donne au comte de Savoie et sa femme la pêcherie (piscariam) qu’on a l’habitude d’aménager dans l’Arve entre la « ruine » (falaise) de Champel et le Rhône, ainsi que la venne (piscaria venne) du Rhône, remplacée alors par des engins établis autour de l’île. En 1287, le comte de Savoie, en guerre contre celui de Genève, se rend maître du pont du Rhône et s’empare de la pêche, du péage et des moulins appartenant à l’évêque. Du 10 juin 1288 au 9 janvier 1289, il fait affermer la moitié de cette pêche pour soixante livres et douze truites. L’évêque veut que cette dernière et celle qui va de l’Allondon au défilé de l’Ecluse, respectivement aux mains des comtes de Savoie et de Genève, lui soient restituées car elles relèvent de l’Eglise de temps immémorial. L’année suivante, ayant récupéré la pêche (piscaria), les péages et les moulins du Rhône à Genève, il jouit des droits de rivage et de pêche du pont de l’Ile à celui nouvellement construit au château de la Corbière sous Challex. Cependant, jusqu’au défilé de l’Ecluse, les droits demeurent exercés par le comte de Genève et, concernant l’Arve, les fermiers de l’évêque doivent livrer au second une partie du produit de leur pêche ou sont empêchés de travailler. En 1305, le comte reconnaît tenir de l’évêque la pêche (piscariam) dans le Rhône à Genève, dont le sire de Faucigny jouit le mercredi, et celle depuis l’Allondon jusqu’au défilé de l’Ecluse, ainsi que, dans l’Arve, la pêche de Lancy et un « trait* ou piscaire » (tractus ou piscariam) dont le sire de Faucigny jouit le mercredi.

En 1305 et 1306, l’évêque acquiert, aux Eaux-Vives, de nouveaux droits sur le lac (piscaria lacus), notamment jusqu’à une certaine pierre appelée Dyolin. En juin 1307, il échange avec le Chapitre un droit de pêche (piscatio) dans le Rhône pendant sept nuits par année contre une rente payable sur les revenus de la pêche du Rhône et de l’Arve (piscariam). Concernant l’Arve, il doit au chapitre une rente pour la pêcherie (piscaria) de Glais, à Lancy, qui, en novembre 1534, était située à proximité du nant de Treynant, affluent de l’Arve (quand son amodiataire, François Rosset, obtint l’exclusion des nombreux pêcheurs qui s’enhardissaient à y pénétrer durant le ban) est .

En décembre 1479, l’évêque encaisse chaque année 166 florins et six grandes truites salées auprès d’un fermier « allemand », Chapuis Hurich. En 1494, les syndics confirment les « possessions immémoriales » des pêcheurs dans le lac (piscaria lacus) « à l’intérieur des franchises ». En 1495, un différend étant survenu entre les pêcheurs du prieuré de Saint-Victor et ceux de l’évêque, le prieuré se voit confirmer son droit de pêcher sous Cartigny.

En juin 1527, le dernier évêque de Genève inféode la pecherie ou piscariam, soit le droit de pêcher dans le lac, le Rhône et l’Arve, à Besançon Hugues et ses descendants pour le cens annuel d’une livre de cire, sous réserve de rachat, un rachat qui survient effectivement trois ans plus tard. En juillet 1535, il amodie pour trois ans cette pêcherie à Thomassot Dupont.

En 1536, la pesche qui se fait le mercredi dans l’Arve et qui relevait du duc de Savoie « lequel est maintenant déchassé » est mise en amodiation par voie d’enchères publiques, malgré la demande du fermier en place depuis vingt ans.

En 1538, les droits de l’évêque passent à leur tour aux mains de la République soit du gouvernement de la Ville devenue seigneurie.

En août 1544, des difficultés étant survenues entre les amodiataires, on distingue la « grande pêche », qui a lieu dans l’Arve et le Rhône (depuis les chaînes jusqu’à Chancy), et la « pêche du mercredi » qui n’a lieu que dans l’Arve. Cinq personnes prennent en amodiation la première et une la seconde. Les autorités imposent aux amodiataires de la grande pêche d’entretenir deux briffos dans le Rhône et à celui du mercredi un petit briffo (appelé aussi gran alle) semblable aux deux autres ; ce pêcheur jouit entièrement de la « nance du mercredi » mais doit payer la septième partie des frais occasionnés par les autres nances dont il a aussi la jouissance le mercredi. Par ailleurs, les amodiataires de la grande pêche du Rhône sont tenus de pêcher au moins une fois par année jusqu’au pont de Chancy et dans le creux de Loëx pour éviter de voir les droits s’éteindre par défaut d’usage. Le mercredi et le samedi, ils doivent mettre en vente des truites au Molard (marché aux poissons).Dans le lac à l’extérieur des chaînes, la pêche est libre entre les Eaux-Vives et les Pâquis, soit sur le banc de Travers, mais réservée dans l’espace appelé le trait* de la Corbe.

En 1798, avec l’occupation française, la Ville ne jouit plus de la pêche qu’à l’intérieur des fortifications (de l’actuelle île Rousseau aux chaînes reliant le bastion de Hollande à celui de Saint-Jean). Le lac, le Rhône aval, l’Arve et les fossés des fortifications relèvent de l’autorité militaire.

En février 1807, la préfecture du Département du Léman divise la pêche en circonscriptions adjugées pour cinq ans. Leurs limites sur le Rhône sont Genève, le Nant d’Avril (Peney), Chancy et le Fort de l’Ecluse et, sur le lac, les chaînes, Bellerive et Hermance, ainsi que celles de l’enclave de Céligny.

En 1814, le nouveau canton continue d’affermer une partie de ses eaux, ouvre le reste aux porteurs de permis et réserve aux propriétaires riverains la pêche dans les ruisseaux. Tous les usagers sont soumis aux règlements généraux. Séparée de l’Etat en 1842, la Ville de Genève demeure dépositaire d’une régale. Accusée de fausser le jeu de la concurrence en fixant le prix du poisson, elle renonce à son privilège en décembre 1862, contre des terrains que lui donne l’Etat. Ce dernier supprime l’affermage et généralise le régime des permis.

La pêcherie

La régularité de l’écoulement des eaux se prête admirablement à l’installation d’une pêcherie fixe qui, jadis appelée venne*, existe assurément déjà en 1099 quand l’évêque confirme une rente en poissons octroyée au prieuré de Saint-Victor et aux clercs de l’Eglise genevoise.Les figurations qu’on a de l’installation dès le XVIIe siècle la montrent sur un haut-fond de part et d’autre de « l’îlot des barques », actuelle Ile Rousseau, et composée de dix à douze « ailes » en zig-zag, formées de paux alignés soutenant des clayes. En avril 1669, trois des berfous permettant la pêche sont remplacés par des nasses en fil de laiton, plus résistantes.

En 1737, à la suite d’une forte bise, le contrôleur de la Chambre des comptes examine les dégâts survenus aux clayes mises à mal par les « chapeaux » arrachés aux estacades (pilotis de chêne formant l’enceinte extérieure du port). Il dresse un plan de l’installation, notant que la claie A-P, en amont du « pont des barques », est détruite presque entièrement sur 4 à 5 pieds de hauteur et entièrement dans l’intervalle d’environ six pilotis. Il projette de la déplacer en A-Q, ce qui ne nécessiterait que six pilotis. Une seconde brèche est constatée au point D, à proximité de la porte permettant d’aller aux serves, appelée goleyron. La réparation nécessitera environ dix pilotis. Plusieurs pilotis de la claie D-E sont ébranlés mais non emportés. Les deux tiers amont de cette claie étant placés à une profondeur d’environ dix-huit pieds, il faudrait en infléchir la direction vers la ville où la profondeur est d’environ neuf pieds (trait continu sur le plan). On apprend à cette occasion que les clayons reposent directement sur le fond. Afin de soutenir les pilotis, qui sont en sapin, les fermiers demandent de planter parallèlement, à intervalles de neuf pieds, des pilotis en chêne. Le contrôleur objecte qu’il suffirait d’enfoncer davantage des pilotis en sapin (de dix à douze pieds plutôt que de trois à quatre). Les fermiers observent que le sapin pourrit plus facilement que le chêne à la surface de l’eau (sur cinq à six pieds). Par ailleurs, les deux pilotis en chêne auxquels est attaché l’un des deux petits réservoirs des fermiers sont ébranlés.

En temps normal, les claies sont refaites tous les vingt-cinq ans, ainsi que les deux lignes d’estacades.

En 1739, ces installations, au même titre que les moulins, leurs digues, plusieurs bâtiments et la machine hydraulique des fontaines, sont mises à l’index par les riverains du Léman car elles ralentissent l’écoulement de l’eau et font monter le niveau du lac. Les fermiers témoignent qu’auparavant, on ne pêchait pas durant les hautes eaux, à la descente du poisson, et qu’on levait dix à douze toises de clayes pour le laisser frayer mais que le Conseil a permis de fermer l’installation.

Vers 1770, on ouvre à nouveau les claies au commencement du printemps pour les refermer en novembre après la descente des grosses truites, quand les « gaines » (truites ayant frayé) remontent dans le lac (dès le 25 octobre). Les grandes nasses sont en fil de fer et ordinairement au nombre de huit, dont cinq servent à prendre le poisson qui descend et trois celui qui monte. On les lève au moyen de treuils montés sur des chevalets. La pêche a lieu surtout pour la truite, du 20 novembre au 10 décembre.

Durant la première moitié du XIXe siècle, « le barrage des claies » est déplacé vers l’aval pour ne plus compter finalement qu’une seule nasse, cela en plusieurs étapes,. En 1829, projetant de construire le pont des Bergues et d’aménager des quais, on envisage son déplacement à la Coulouvrenière, notamment pour améliorer l’esthétique de la rade car « les yeux sont choqués par la sale et bizarre découpure que ces claies produisent sur notre beau fleuve » et ce serait pire encore « d’en découvrir crûment toute la laideur » du haut des ouvrages projetés! En 1840, une crue et des vents du nord brisent les claies, affouillent le sol et « ouvrent le Rhône » sur plusieurs points pendant le passage du poisson. Les Vaudois profitent de l’occasion pour menacer de détruire par la force « les établissements du Rhône » si le niveau du lac n’est pas abaissé. En outre, la pêche n’est plus rentable, de même que dans l’Arve… . Les claies sont remplacées en 1849 par une plate-forme fixée à six pieux en amont d’une travée du pont de la Machine, permettant de manoeuvrer une nasse à l’extrémité d’un entonnoir formé par des clayons métalliques. Cette dernière retient les immondices jusqu’à la putréfaction, enlaidit les quartiers neufs, occasionne une chute d’eau de quatre à six pouces, est peu utile comme moyen de sauvetage, arrête en hiver le poisson qui cherche à remonter dans le lac et complique le service de la Machine. Elle est définitivement supprimée en février 1879.

On l’a vu, l’entretien des claies incombait tantôt aux fermiers, tantôt à la Seigneurie. En 1816, il est à la charge des premiers qui ne peuvent se servir de filets « dans l’étendue de la ferme » quand les claies sont ouvertes.

Le réservoir à truites de l’évêque puis de la seigneurie se trouve sur « l’îlot des barques » jusqu’à la transformation de ce dernier en redoute en 1583-1585. Par la suite, deux serves, édicules en bois situés peu en aval, en pleine eau, permettent de garder le poisson vivant. La première reçoit les grosses truites et la seconde, divisée en deux bacs, abrite les plus petites et les autres poissons. En 1839, l’une des serves est reconstruite en forme d’octogone aplati d’environ 7,50 sur 4,9 m. Elle consiste en un caisson de pieux et de palplanches plantés dans le lit du fleuve et garni de gravier destiné à maintenir la propreté du fond. Ses petits côtés, en amont et en aval, présentent inférieurement une grille de fer augmentant la vivacité du courant. Latéralement, deux portes fermant à clé donnent sur des planches destinées à la circulation intérieure. La toiture est recouverte d’ardoises afin d’empêcher les effractions. On utilise également un vivier flottant, « batelet percé de trous ».

Les pêcheurs non fermiers ont l’interdiction, comme en mai 1675, « de tenir un réservoir dès les chaînes (défense du port) en bas ». Pourtant, en avril 1679, ils affirment avoir eu de tout temps le droit de garder le brochet en vie.

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Dans l’Arve également

Les crues de l’Arve contrastent avec la régularité du Rhône. Leur puissance fait notamment refluer le fleuve et tourner les moulins à contresens les 3 décembre 1570, 21 novembre 1651, 10 février 1711 et 14 septembre 1733. Lors de la crue de 1711, un vent du sud chargé de pluie fait fondre la neige et gonfler l’Arve dont les eaux troubles et limoneuses repoussent celles du Rhône et se déversent dans le lac. Vers les quatre heures du soir, l’une des roues de la « machine des fontaines » tourne rapidement à contresens et une petite cascade se forme par-dessus un aileron de l’autre roue qui est arrêtée. Les pêcheurs prennent « dans la ville » une quantité de truittes. La turbidité envahit rapidement le « grand banc » (le Travers). Le lendemain vers huit heures du matin, l’eau est en équilibre et sans mouvement près de la machine.

Les crues n’empêchent pas l’édification de pêcheries fixes, comme en 1267 (voir plus loin). En 1485, pour construire une venne (vena), les pêcheurs plantent des « fiches » qui, dérivant l’eau, occasionnent des dégâts. En 1490, ils doivent les retirer et n’en plus remettre. En 1491, n’ayant probablement pas obtempéré, ils sont mis à l’amende.En juin 1492, plantant à nouveau des paux pour une venne (pallos et vennam), ils sont sommés de les enlever dans le délai d’une lune, faute de quoi on s’en prendrait aux ouvriers et on interdirait tout nouvel ouvrage. Cinq ans plus tard, le Conseil faisant à nouveau examiner les « fiches » des pêcheurs dans l’Arve interdit de poser une venne en un lieu appelé Petre.

En février 1544, Berne, occupant la ville, reconnaît à cette dernière le droit de mettre des vennes*, nances* ou briffos* (vachhenn et fischentzenn) dans l’Arve, à condition de ne pas établir d’ouvrage empêchant le passage du poisson (voir plus loin).

En 1842 encore, la pêcherie de l’Arve à Carouge, dont on expédie le produit à Lyon et Paris, diminue le rendement des installations genevoises.

Actuellement, la pêche a cessé d’être une activité économique et l’Arve genevoise abrite non seulement de la truite, de l’ombre, du vairon et du chabot, caractéristiques de son cours supérieur, mais aussi du goujon, du chevenne et du spirlin, déjà présents en amont, ainsi que de la loche franche ou motèle*, du goujon, du vengeron, du blageon, du barbeau, du brochet et de l’épinoche, sans compter deux intrus d’Amérique du Nord, la perche soleil et le poisson chat. Plusieurs de ces poissons ne sont présents qu’occasionnellement, remontant du Rhône ou dévalant des retenues, car l’Arve, turbide, froide et torrentielle, n’est pas un biotope idéal. Les obstacles empêchant le poisson du Rhône de gagner les frayères situées en France ont été supprimés ou aménagés en 2005.

Les nassiers

Dès 1818, la pose d’une « nasse dormante » par les propriétaires riverains du Rhône et de l’Arve doit faire l’objet d’une autorisation. Cette pêche est très productive en été quand le poisson remonte près des bords. Vers 1848-1851, on la pratique en aménageant, à la fin de l’hiver, des nassiers, nansiers ou nasseoirs qu’il faut réparer ou reconstruire après peu d’années. Les autorisations sont accordées temporairement et à bien plaire, moyennant l’utilisation de « petit bois, petits pieux ou piquets tressés et cailloux roulés ». Les longueurs à ne pas dépasser sont prescrites à partir du bas de la berge.

D’amont en aval, des nassiers se trouvent à l’île de Genève (le nassier d’un restaurateur fait d’un plateau fixé à des piquets, et de pierres non maçonnées), Aïre (un de seize pieds), Loëx (quatre de vingt pieds, un de dix-huit et deux de quinze), Vernier (deux nassiers appartenant au meunier), Chèvres (un de vingt-deux pieds et un de quinze), Aire-la-Ville (deux dont un de « huit pieds sur la grève »), Peney sous Satigny (trois dont un de vingt pieds), Russin (un de vingt pieds et un de dix), Cartigny (quatre dont deux placés entre des blocs de pierre, donc sans saillies, et un de huit pieds) et aux moulins d’Avully (un nanssié de 27 pieds et une digue de 9 pieds qu’on demande, en février 1849, à pouvoir réparer en plantant des pieux d’une hauteur de quatre pieds ; en janvier 1851, la « digue pour paniers de nasse dormante » à nouveau détériorée par des crues, nécessite la plantation de sept piquets).

Dérivant le courant, ces installations occasionnent parfois des éboulements sur la rive opposée, comme entre Russin et Cartigny. Sur leur propre rive en revanche, elles protègent le sol.

Vers 1910, les gardes-pêche évitent qu’on mette des nassiers dans les endroits où le lit du fleuve forme naturellement « un de ces petits couloirs très favorables à la remonte des truites ». Mais les permissionnaires, ayant fiché un pieu destiné à retenir une nasse, s’arrangent toujours pour aménager un semblable couloir à l’aide de pierres ou de branches.

Vers 1974, la nasse est interdite en rivière. On cesse alors, au moyen d’un bateau, d’en immerger une à cul pointu et en treillis de poulailler du côté de la Jonction et d’exploiter, dans l’Arve, le dernier « nassier » constitué par un ponton à l’extrémité duquel on pose une nasse prenant plus de chevennes que de truites.

Le filet

Le filet est déjà d’un usage restreint avant 1841. Cette année-là, il est interdit entre l’Ile et la Jonction où une trentaine de glettes en bois, ferrées, sont enfoncées dans le lit du fleuve pour empêcher les braconniers de sévir. Une vingtaine y sont à nouveau plantées en 1850.

Mais le filet demeure autorisé dans l’Arve. Durant l’étiage hivernal, les emplacements favorables, appelés traits*, sont débarrassés des obstacles qui les encombrent (pierres, souches), comme en février 1851 à Champel.

En 1906, une déplorable saison de pêche sportive fait à nouveau porter un regard accusateur sur les filets traînants utilisés par les « professionnels » qui, au nombre de quarante à cinquante, « vident le Rhône en une huitaine de jours à compter du premier janvier à minuit, montés sur une vingtaine de canardières pourvue chacune de deux ou trois filets ». Deux ans plus tard, le filet est interdit dans tous les cours d’eau du canton et cent-vingt glettes* en fer, de 3 à 4 m, terminées chacune par deux volutes, sont enfoncées de la Jonction à Chancy.

L’hameçon, le grispy et la fouène

La ligne tenue en main est le seul engin autorisé actuellement dans les cours d’eau genevois, cela sans gaule sur les ponts et le long des quais, soit au moyen d’un cadre ou traîneau*. Déjà en 1512, elle bénéficie d’une tolérance générale dans les fossés, à l’exclusion de tout autre moyen. En 1550, 1560 et 1617, « suivant l’ancienne coutume », seule la ligne est autorisée au public entre les chaînes (entrée des bateaux venant du lac) et le Rhône, ainsi que dans l’Arve, espaces réservés aux amodiataires. Elle demeure autorisée « pied à terre » en 1815 et 1817, sauf dans les fossés cette fois-ci, et en 1889 « sous réserve des règlements ». Vers 1974, l’hameçon est interdit sous la forme de fil dormant.

Vers 1810, le harpon ou grispy*, gros hameçon triple, permet d’accrocher les brochets se tenant immobiles dans les fossés. Attaché à une ficelle, il est lancé d’un bord élevé à quelque distance de l’animal, rapproché doucement puis tiré brusquement pour pénétrer dans ses chairs.Vers 1880, des ponts de la Machine, il permet de prendre la truite à la descente, à la remonte ou même en train de frayer… Actuellement, délaissé par les éventuels braconniers, il n’est même plus mentionné dans la législation.

En 1908, la pêche de nuit est interdite, sauf pour le traîneau* qu’utilisent, du haut des ponts ou des quais, les ouvriers après leur journée de labeur. Vers 1950, appuyés le soir contre la balustrade du pont des Bergues, ils déroulent, jusqu’au pont de la Machine, leurs lignes eschées de caillette destinée au barbeau.

Il n’est pas souvent question de la fouène : en 1547 dans le mandement de Peney, nul ne doit pêcher avec la fuyne ni orpailler depuis le pont du Rhône jusqu’au Nant de Billex (?).

La truite et ses frayes

Vers 1770, dès le mois de mai, des truites passent du lac au Rhône mais en petites quantités. Lors des chaleurs, plusieurs d’entre elles, surtout des petites, longues d’un pied, entrent dans l’Arve. Elles n’ont point de taches sur le corps. Elles sont particulièrement  nombreuses en septembre-octobre et c’est alors qu’on prend les plus grosses.

Vers 1810, les migrations du lac dans le Rhône puis du Rhône dans le lac, sont connues sous les noms de descente et de remonte. Dès que la surface de l’eau commence à se réchauffer, déjà en avril, on voit quelques poissons descendre. Leur chair est grasse et très délicate. Les petites truites ouvrent la marche, suivies par les moyennes et la procession est terminée par les plus grosses. Celles qu’on prend en juin et en juillet laissent déjà couler leurs œufs, ce qui prouve qu’elles frayent longtemps avant que les grosses paraissent. Aussi, une prescription relative à la pêche du Rhône enjoint-elle au fermier d’enlever pendant six mois, de fin avril à fin octobre, trois vannes du clayonnage barrant la naissance du fleuve, afin d’ouvrir un passage à ce poisson et d’assurer sa reproduction. Les truites frayent dans le Rhône au sortir de Genève ou pénètrent dans l’Arve à la faveur des hautes eaux. Quand on se promène l’automne sur les hauteurs qui dominent le fleuve, on découvre de grandes places blanches au fond de ses eaux limpides ; c’est là qu’elles frayent. Quand elles ont déposé leurs œufs, soit dès le 22 octobre, elles commencent à regagner le lac ; la plupart sont si maigres qu’on les nomme fourreaux ; la chair en est moins tendre et savoureuse. Elles ne trouvent alors plus de portes ouvertes pour leur passage, parce que les vannes ont été remises en place, et s’introduisent dans les nasses.

A la fin du XIXe siècle, les truites commencent à quitter le lac en avril mais le mouvement n’atteint sa pleine mesure qu’en été ; le retour s’amorce le 20 octobre et se prolonge jusqu’à la fin de décembre.

Vers 1903, les truites du lac descendent le cours du Rhône jusqu’à quelques kilomètres en aval de Genève. Elles frayent en bandes de cinq au moins (deux femelles et trois mâles), parfois trente ou quarante individus qui tous contribuent à l’établissement  des frayères. Comme il s’agit souvent de grosses truites (5 à 10 kg), l’espace ainsi nettoyé atteint dans un cas 30 m de longueur sur 2 m de largeur.

Actuellement, la truite se porte mal en ville de Genève et dans l’Arve.

Couleur de chair

La chair des truites est blanche mais, le 11 juillet 1733, par une chaleur caniculaire, toutes les nasses de remonte sont remplies de truites d’environ deux livres dont un grand nombre sont saumonées, ce qui est exceptionnel.

La truite en chiffre

En 1581, la grosse truite de Genève pèse jusqu’à quarante livres* (22 kg) (voir AUTRE CHAP). En 1656, des truites offertes à Louis XIV pèsent de 40 à 50 livres, « ce sont là les plus grosses qui se trouvent à Genève ». Une truite envoyée à Amsterdam en 1663 pèse soixante-deux livres (34 kg) (voir plus bas). Vers 1685, la truitte pèse jusqu’à cinquante livres et fort communément de vingt à trente livres (voir AUTRE CHAP). En 1709, les fermiers prennent des truites en abondance, parmi lesquelles deux spécimens de quarante-quatre livres et demie (24,2 kg). Vers 1770, la grosse truite pèse trente livres de dix-huit onces et on ne se souvient pas d’en avoir pris de plus de trente-cinq livres (19,3 kg). Sur les trois à quatre cents exemplaires capturés chaque année, il y en a bien cent de vingt à vingt-cinq livres. En 1843, une truite de 1,31 m est empaillée par le Muséum (environ 23 kg).

Les chiffres relatifs à la pêche du Rhône ne permettent que d’esquisser des hypothèses de rendement. En 1665, la ferme vaut 8500 florins annuellement. Comme la truite est vendue trois florins six sous la livre* « aux particuliers de la ville pour le service de leur table » et jusqu’à cinq florins à l’extérieur, on peut conclure que ce montant correspond à la valeur de 938 à 1340 kg de truite.En 1670, la ferme commence le premier septembre et vaut 8000 florins. Comme la truite est vendue trois florins à la Seigneurie et trois florins six sous aux particuliers, on peut calculer que les 8000 florins correspondent à la valeur de 1262 à 1472 kg de truite, auxquels il faut ajouter, à la charge du fermier, l’entretien des nasses, des serves et de « toute la clôture du Rhône, tant des gros que des petits paux ». La production totale excède donc largement dix tonnes d’équivalent truite.

En regard de ces chiffres, ceux de la seconde moitié du XVIIIe siècle paraissent bien bas. Vers 1750-1760, la prise annuelle de la pêcherie se situe entre 300 et 400 truites dont une centaine pèsent chacune de 20 à 25 livres* soit au total 2,5 à 3 tonnes, à quoi il faut ajouter le produit de la pêche des autres poissons. On pourrait croire qu’il s’agit de données fiscales mais, entre 1761 et 1787, on compte en moyenne 489 (max. 926) truites par année dans les nasses, dont 70 (max. 324) à la descente et 419 (max. 656) à la remonte. Entre 1802 et 1807, ce nombre s’élève à 1179 car les vannes, qu’on doit enlever du 30 avril au 12 octobre, restent en place abusivement. De 1819 à 1842, il retombe à 502 pour un poids moyen de six livres* (277 kg en tout). Le poids total est de 2318 livres en 1761, 2463 en 1771, 2565 en 1781, 3166 en 1831, 4110 en 1832, 3407 en 1833, 1811 en 1834, 1779 en 1835, 3765 en 1836, 3675 en 1837, 3106 en 1838, 2870 en 1839, 1539 en 1841 et 1063 en 1842.

Les fermiers pêchent de tout. En 1668, ayant subi des dommages, ils demandant que les claies soient raccommodées et que la pêche du perchant ne soit pas interdite car elle leur permet de prendre une quantité de petits poissons au moyen desquels ils payent leurs valets.

 Après la suppression des claies, on prend dans la nasse municipale 133 truites en 1858 (1209¼ livres fédérales ; moyenne 4,55 kg), 123 en 1859 (964½ l. f. ; 3,92 kg), 135 en 1860 (1214 l. f. ; 4,5 kg), 413 en 1861 (3588 l. f. ; 4,34 kg) et 323 en 1862 (2917 l. f. ; 4,52 kg).

Au filet, le premier janvier 1907, jour de l’ouverture, on prend environ six cents kilos de truite. Actuellement, entre 2006 et 2012, on prend annuellement entre 455 et 964 truites dans le Rhône genevois…

 

L’or du Rhône

L’orpaillage n’était guère rémunérateur dans le Rhône ni praticable qu’en aval de sa confluence avec l’Arve. Aussi, en 1682, les  truites sont-elles considérées comme « le meilleur or et le gain le plus certain que l’on a du Rhône ». Elles permettent d’acquitter des redevances et sont offertes aux ambassadeurs ou aux princes étrangers qui, en retour, en achètent à Genève.

En 1150, le prieuré de Saint-Jean s’engage à livrer, aux chanoines de Sainte-Marie d’Aoste, un tribut annuel de gros poissons, sans doute des truites, ou, à défaut, de cinquante palées ou deux cents féras (la palée du lac de Neuchâtel fait alors office d’étalon commercial). En 1168, l’empereur Frédéric Barberousse, s’arrêtant à Genève en fuyant l’Italie, se voit offrir de belles truites (truitas) et des brochets (lucios) du Rhône. En 1220, le comte de Genève doit livrer deux grosses truites à l’archevêque de Tarentaise à chaque renouvellement de l’hommage qu’il lui doit pour la vallée de Luce. Au début de l’année 1291, le comte de Savoie achète à Genève des poissons qu’il offre au roi de Sicile venu rencontrer l’empereur à Cudrefin. En 1381, le sous-collecteur genevois de la curie pontificale envoie à Avignon, outre de l’huile de noix, « quarante-cinq poissons salés du lac Léman ». Le 12 janvier 1504, les syndics de Genève payent, aux deux amodiataires de la pêche, deux truites portées au président du Conseil de Chambéry. En 1521, pour la réception de la duchesse de Savoie, Béatrice du Portugal, on expose des truites fournies par l’amodiateur. En 1663, le Conseil fait apprêter par un boulanger et envoyer à Amsterdam une truite de soixante-deux livres* (34 kg). En automne 1742, les Espagnols étant en Savoie, il envoie des truites à l’infant, un cadeau qui facilite la tenue d’une conférence à Thonon. Le 29 novembre 1776 encore, il fait remettre des truites du lac « en cadeaux à des personnes de distinction ».

« Genève fait hommage à la cour de France des produits de son lac » cela jusqu’à l’avènement de la IIe République en 1848. En 1461, elle offre deux truites (turturibus) aux ambassadeurs du roi. En novembre et décembre 1623, elle envoie « du meilleur et plus gros poisson » à Louis XIII séjournant à Grenoble et à Lyon et, en 1656 et au début d’octobre 1658, quarante à cinquante livres* de truite et « six poissons » à Louis XIV séjournant à Lyon. Ce dernier, après les avoir admirés avec les seigneurs de son entourage, en fait porter un à la reine mère, un autre à Madame Royale et deux à Monsieur le Cardinal. Le 26 mai 1683, le Conseil de ville envoie des truites en Champagne où doit arriver Sa Majesté. Entre 1798 et 1812, il honore ainsi le Premier Consul et ses ministres. Le 3 janvier 1812, suivant un « usage précieux », le maire adresse, entre autres « honnêtetés », six truites à l’Empereur et Joséphine, dont une de vingt-cinq livres et demie.

La truite est exportée surtout en carême. Au XIVe siècle à Lyon, le lot de cent troytes de Genève est surtaxé pour financer les fortifications de la ville. En février 1670, le fermier vend son poisson tant à Lyon qu’au Piémont. En mars 1675, il se plaint auprès du Conseil que le chasse-marée de Lyon refuse de charger le poisson à moins de sept sous la livre au lieu de deux précédemment. Le statu quo est maintenu. Vers 1685, la truitte de Genève est notamment transportée à Chambéry, Lyon et Turin.

Mais la marchandise n’arrive pas toujours à destination ou alors en mauvais état. Ainsi, les truites que le prieuré de Saint-Victor envoie pour le jour de Noël à l’abbaye de Cluny manquent pour moitié en 1398, ne sont pas livrées ou parviennent « pourries », si bien qu’en 1506 la redevance est convertie en argent.

La truite joue un rôle social symbolique. En 1484, Pierre Floret s’étant vu reprocher de « tenir une paillarde en sa maison » accepte les excuses de son accusateur moyennant une truite et les ingrédients pour l’apprêter. A cette époque, la conclusion d’un contrat est habituellement accompagnée par la remise d’une truite.

Un transhumant discret, l’ombre

Vers 1810, l’ombre apparaît dans le Rhône en novembre. A la fin de février et en mars, il remonte les « torrents », surtout l’Allondon ; aussi le connaît-on à Genève sous le nom d’« ombre de l’Allondon ». Au retour, il se déplace en troupes, s’élançant à chaque instant hors de l’eau pour attraper les éphémères et les phryganes qui volent à la surface et qu’on emploie communément pour le prendre à la ligne, quoique la pêche la plus fructueuse se fasse au filet. Il se prend rarement dans les nasses de Genève, vraisemblablement parce qu’il trouve un passage dans les interstices du clayonnage ou parce qu’il profite du retrait des nasses pour passer dans le lac.Vers 1885 en aval de la ville, on se sert ordinairement de l’étole, filet de 1,20 m de hauteur sur 18 à 20 m de longueur, lesté de plomb et allégé de liège. Sur le bord, un homme en tient une extrémité par une corde tandis que, sur le bateau, un autre le met à l’eau et un troisième rame vigoureusement. Le piéton et l’embarcation avancent ensuite de concert puis le filet est prestement tiré sur la rive. De nombreux traits peuvent être ainsi faits en quelques heures.

LEGENDE – Zone de protection de la fraie de l’ombre vers 1910, du 1er mars au 30 avril

En 1910, la pêche de l’ombre à la mouche est autorisée pendant la fraye de la truite. Au début des années 1990, comme partout, l’ombre se raréfie considérablement. Celui de l’Allondon, retournant dans le Rhône après avoir frayé, s’expose à être emporté ou asphyxié par les « chasses » des alluvions accumulées dans le barrage de Verbois lors des vidanges triennales, pour la dernière fois en juin 2012.

Un modeste roturier, le séchot

« Un tiers en gueule, deux tiers en queue », le séchot* est un poisson typiquement genevois ! Utilisé comme esche et monté en dandinette (poisson mort), il permet, mieux que la motèle*, de pêcher jusqu’à dix à douze truites successivement. Ses aptitudes natatoires réduites le rendaient familier des enfants. En décembre 1611, le Conseil de Ville, apprenant que ceux-ci pêchent des sechots à la chandelle sous certaines maisons, craint un incendie et fait ériger une palissade pour leur barrer l’accès. En 1810, ils continuent à prospecter les bords du Rhône, soulevant avec précaution les pierres et transperçant leurs victimes au moyen de fourchettes solidement attachées au bout d’un bâton. Les pêcheurs usent d’un filet appelé séchotière, ainsi que d’un truble appelé « bouteux » dont un homme, chaussé de grandes bottes en fer blanc, tourne l’ouverture vers l’amont où il se place ; il remue ensuite les cailloux avec ses pieds pour effrayer les poissons qui, prenant la fuite, aboutissent dans le filet où les entraîne le courant.Vers 1870, les enfants sont toujours occupés à séchotter quand les eaux sont basses. La mise à sec successive en 1884 et 1887 des deux bras du fleuve, pour construire une usine hydroélectrique, abandonne d’innombrables séchots sur le gravier. Cela n’empêche pas, au début du XXe siècle encore, d’en faire des pêches presque miraculeuses en aval de Genève.

LEGENDE – Afin de permettre la construction de l’usine des forces motrices, le bras gauche du Rhône est mis à sec au printemps 1884 (coll. Michel Barbolini)

Les associations et les concours

Il ne semble pas y avoir eu de confrérie ou de compagnie de pêcheurs anciennement à Genève. En revanche, les pêcheurs se groupaient pour prendre ensemble un objet en amodiation. Au XVIe siècle, un ou plusieurs d’entre eux amodient annuellement les fossés de la ville dont ils doivent entretenir les chaussées. En 1563, celle qui ferme la carpière des fossés de Cornavin du côté des Pâquis s’étant rompue à cause d’une tempête, ils parviennent pourtant à se faire dédommager. Une Société de pêche et de pisciculture est très active au début du XXe siècle. Elle obtient la suppression de la pêche au filet et de la pêche de nuit, ainsi que, de la part des usines chimiques, l’aménagement de « puits filtrants » ou « fosses dépuratives », en conformité avec la loi fédérale, car des rejets souillent le « Rhône d’en bas » dont les poissons prennent un goût fortement musqué qui les rend impropres à la consommation.

le Fishing Club de Genève, qui s’occupe actuellement (2014) du ruisseau piscicole des Eaux-Chaudes..

La Fédération genevoise des sociétés de pêche est constituée en 1959. Elle veut défendre les pêcheurs amateurs, les cours d’eau et leurs berges, l’équilibre biologique, ainsi que participer au repeuplement, lutter contre la pollution et représenter ses membres collectifs auprès des autorités. Entre 1959 et 1974, elle organise chaque année à l’ouverture, le 1er janvier, un concours parrainé par le journal La Suisse. La pêche a lieu dans le lac, le Rhône et l’Arve puis, dès 1965, uniquement dans le lac et le Rhône quand l’ouverture est repoussée ailleurs au premier samedi de mars. (Cette mesure sera étendue au Rhône en 1978.) En fin de journée, entre trente et septante concurrents font peser leurs poissons, soit entre 79 et 408 truites et ombres. On note une truite de 6,84 kg en 1959, des brochets de 12,85 kg et 12,81 kg en 1961 et 1963 (hors concours), des truites de 2,71 kg en 1964, 6,20 kg en 1965, 6,35 kg en 1966, 2,48 kg en 1969 et 4,05 kg provenant du lac en 1970.

En 1991, une scission au sein de la Fédération donne naissance à l’Association genevoise des sociétés de pêche dont le but est notamment de sauvegarder le poisson et le milieu aquatique et d’aménager un étang piscicole susceptible de suppléer au manque de poisson sauvage.

Actuellement, les sociétés de pêche sont dédommagées par l’Etat non plus pour pratiquer la pisciculture de repeuplement mais pour faciliter l’établissement de frayères naturelles. Le repeuplement est confié aux sociétés françaises voisines, mieux placées en tête de bassins.

Les pêcheurs déplorent les entraves administratives mises à la pratique de leur activité : « Il faudra bientôt un ordinateur pour aller pêcher. » Mais la diminution de leur nombre est avant tout imputable à la raréfaction du poisson, elle-même résultant du mauvais état des rivières.

L’assèchement des marais et la dégradation des cours d’eau

La campagne genevoise regorgeait d’eau. Les premiers grands travaux d’assèchement sont réalisés dès la fin du XIIIe siècle à Plainpalais par les moines dominicains installés auprès de ce « plat palud ». L’endiguement de l’Arve prend plusieurs siècles. Au XVIIIe siècle, l’assèchement des prés marécageux fait craindre un manque de fourrage. Au XIXe siècle encore dans la région de Sionnet (Jussy), ces prés donnent « un produit abondant en baches (laîches) et en fourrage » procurant à leurs propriétaires « un revenu considérable qui serait bien diminué par les travaux prévus ». Les plus grands chantiers sont réalisés durant la première moitié du XXe siècle. Avant d’être transformés en terres arables, les marais fournissent de la tourbe qu’on brûle dans les tuileries et les briqueteries du pied du Salève.[1]

Après la Seconde Guerre, l’urbanisation et l’intensification agricoles achèvent de perturber profondément le régime hydrologique des rivières. Des crues destructrices nécessitent de nouvelles corrections. Les petits cours d’eau sont presque tous rectifiés, canalisés, « enfermés dans des sarcophages de béton ». Des débits d’étiage faibles et prolongés ne leur permettent plus de « digérer » les rejets des stations d’épuration qui finissent par les asphyxier.

La population et les autorités s’alarment de leur état misérable. Depuis les années 1990, une action exemplaire en Suisse romande est menée en faveur de leur renaturation. Leur gestion piscicole n’en demeure pas moins artificielle. Vers 2012 encore, seuls l’Allondon et la Versoix peuvent être gérés sans alevinage.

Les barrages

Un premier barrage hydroélectrique est construit dans les années 1880 au Pont de la Machine. Les rideaux qui le composent permettent encore au poisson de passer. Il est remplacé en 1995 par celui du Seujet, plus performant mais franchissable uniquement par une passe. Une seconde usine, celle de Chèvres, est mise en service en 1896. Elle est remplacée en 1942 par celle de Verbois dont le barrage piège les sédiments de l’Arve qui sont brutalement relâchés tous les trois ans, asphyxiant le fleuve, d’ailleurs rectifié en aval pour augmenter la vitesse du courant. Ce barrage est assorti, en 2000, d’une spectaculaire échelle à poissons de 107 bassins. Le barrage de Chancy-Pougny, mis en service en 1925, est doté en 2013 d’une échelle mal placée pour une raison de susceptibilité transfrontalière… Ces ouvrages provoquent de sévères éclusées.

 La Perte du Rhône et la renaissance méditerranéenne du fleuve

Un gouffre et des rapides en aval de Bellegarde constituent une discontinuité géologique majeure.

Vers 1700, le Rhône, qui coule calmement jusqu’à quatre lieues de Genève, se met ensuite, sur plus de trois lieues, jusqu’au Regonfle près de Seissel, « à courir avec une grande impétuosité et dans un lit fort resserré entre deux montagnes où même il s’engouffre et se perd entièrement en quelques endroits, durant l’hiver, sous de grandes plaques de pierre ».

En 1779, « la Perte du Rhône n’est pas également admirable en toutes saisons. Elle est moins belle en été, lorsque les eaux sont grandes, car elles ne peuvent pas toutes entrer dans l’excavation du rocher. Mais, en hiver et au printemps, le fleuve, qui  coule avec une tranquillité majestueuse avant d’arriver à sa perte, voit le rocher manquer sous lui. Son lit prend la forme d’un entonnoir dans lequel il s’engouffre avec une vitesse et un fracas prodigieux. Ses eaux se refoulent mutuellement, s’agitent, se soulèvent et se brisent en écume. Les rochers se resserrent ensuite jusqu’à deux pieds de distance. Un peu en aval, il coule assez tranquillement au fond d’une gorge large d’environ trente pieds dans le haut. (…) Jusque là, il n’est point encore perdu puisque l’on voit partout sa surface. Mais, deux cents à trois cents pas en aval du gouffre, de grandes masses de rocher détachées du haut des parois et arrêtées par un banc en corniche, le recouvrent sur une distance d’environ soixante pas, formant ce qu’on appelle la Perte. »

Le Rhône issu de cette gorge était accessible aux poissons migrateurs, la lamproie marine par exemple dont en 1822 un exemplaire pêché à Seyssel (17 km en aval de Bellegarde) parvient au Muséum de Genève sous le nom de grande lamproye. Ce poisson, à proprement parler un cyclostome, meurt en juin après la fraye et manque jusqu’à la saison suivante. C’est pourquoi, vers 1420, le cuisinier du duc de Savoie conseille de remplacer la lamproye par de l’anguille et même par de la grosse anguille. Mais l’anguille est rare dans le Léman car elle ne peut franchir la Perte que lorsque les eaux la recouvrent, observe-t-on vers 1810.

En 1948, la Perte est submergée par la retenue de Génissiat lors de la mise en eau du barrage.

Un grand merci pour m’avoir donner ces documents..