Geneva Street Fishing Genève pêche de rue

Objectif pêche à Genève

Relâcher son poisson: l’action est tolérée, l’intention condamnée

La loi suisse interdit aux pêcheurs la pratique du «no-kill», tout en laissant une certaine marge à ceux souhaitant remettre leur prise à l’eau.

Au côté du pêcheur, le poisson tiré des eaux prend la pause. Il ne le sait pas encore, mais il ne finira pas dans la casserole. Quelques photos pour Facebook, quelques-unes pour la presse en cas de prise exceptionnelle, et le voilà autorisé à regagner son habitat. L’homme qui vient de le capturer pratique le «no-kill», le «catch and release». En français, il relâche simplement ses prises. Une pêche sportive, pour le plaisir, qui n’a pas vocation à nourrir ses adeptes.

Une pratique légale dans la plupart des pays européens ou anglo-saxons, mais pas en Suisse. En 2013, le cliché de trois jeunes exhibant leur prise du jour dans le Greifensee (ZH) avant de la relâcher avait fait le tour de la presse alémanique. Les autorités zurichoise avaient alors évoqué la possibilité d’ouvrir une procédure à leur encontre. En cause, une infraction à l’article 23 de l’ordonnance sur la protection des animaux qui rappelle qu’«il est interdit de pêcher les poissons à la ligne dans l’intention de les remettre à l’eau».

Une loi claire, qui offre peu de place à l’interprétation. Pourtant à Genève, des pêcheurs n’hésitent pas à parler de «pratique tolérée» au moment d’aborder le sujet du «no-kill». «La législation a été affinée, précise Steve Bel, président de l’association Geneva Street Fishing, nous avons aujourd’hui le choix de remettre à l’eau ou non notre prise.» Dans un document publié par l’Office fédéral de l’environnement en décembre 2014 et intitulé «Aide à l’exécution: Pêche à la ligne», il est en effet précisé que «compte tenu de considérations écologiques, le législateur a décidé délibérément de ne pas soumettre les pêcheurs à la ligne à une obligation générale de conserver les poissons capturés». En d’autres termes, l’intention de pratiquer le no-kill est condamnable, pas le fait de remettre un poisson à l’eau.

Pour Steve Bel, le débat porte aujourd’hui plus sur les conditions de relâche du poisson que sur la pratique elle-même. «Les adeptes du no-kill doivent faire en sorte que l’animal soit le moins stressé possible. Avec le développement des médias et réseaux sociaux en ligne, les pêcheurs ont tendance à chercher la photo parfaite, ce qui implique parfois de tenir le poisson hors de l’eau plusieurs minutes.» Christophe Ebener, président de la Commission de la pêche à Genève rappelle les règles de bases à suivre pour préserver au mieux les chances de survie de l’animal: «Le temps du combat doit être réduit au maximum, ce qui implique d’avoir le matériel adapté à l’espèce de poisson visée. Dans la mesure du possible, la bête doit être relâchée sans avoir été sorti de l’eau. Et surtout, un poisson trop grièvement blessé ne peut en aucun cas être remis à l’eau.»

Un pêcheur qui contreviendrait à ces différentes règles pourrait-il être amendé? «Dans certains cas oui, analyse Dimitri Jaquet, responsable de la pêche au Service de la Faune et de la Pêche du Canton. Sur les photos publiées par les pêcheurs, certaines conditions de base nécessaires à la bonne relâche du poisson ne semblent clairement pas être prises en considération . Mais dans les faits, nous travaillons surtout sur la prévention, en enseignant notamment les règles en matière de manipulation des poissons comme de leur mise à mort, via les cours nécessaires à l’obtention du brevet de pêcheur.»(TDG)

(Créé: 08.09.2015, 16h19)