Geneva Street Fishing Genève pêche de rue

Objectif pêche à Genève

On pêchait l’Arve en décembre 2015

L’Etat a accordé une prolongation que les pêcheurs souhaitaient depuis longtemps.topelement

Des passants sur le quai Capo-d’Istria contemplent un spectacle inhabituel sur l’Arve urbaine. Chaussés de cuissardes en caoutchouc, trois pêcheurs à la mouche taquinent le poisson au pied du pont de Carouge. Cela se passe en pleine ville, dans les tout derniers jours de décembre. Les bottes dans l’eau, faisant virevolter leur appât artificiel au bout de leur ligne comme un lasso, avant de le projeter au milieu de la rivière, ils essaient d’attraper des ombres communs. Une espèce emblématique des rivières suisses qui vient d’être déclarée poisson de l’année 2016 par la Fédération suisse de pêche (FSP). L’Etat a prolongé jusqu’au 31 décembre la pêche de cette espèce de poisson dans l’Arve, qui se termine habituellement fin novembre. Les pêcheurs genevois ont enfin obtenu ce délai. «A Berne, cela fait longtemps qu’on peut pêcher l’ombre dans l’Aare en décembre, souligne Steve Bel, président de l’association Geneva street fishing. Comme l’Etat veut redynamiser la pêche urbaine, nous avons sauté dans la brèche et n’avons pas lâché le morceau.»

Si l’ombre commun peut être pêché à cette saison, c’est que contrairement à la truite fario, qui est en pleine période de reproduction et est donc actuellement protégée, il ne fraie pas avant mars. Mais seule la technique de la «mouche sèche» (et sans ardillon), où l’appât reste à la surface de l’eau, est autorisée: le risque d’attraper une autre espèce est moindre et le cas échéant, le poisson peut être relâché sans trop de dégâts. De plus, comme c’est le cas toute l’année pour les ombres, menacés de disparition, le nombre de prise est extrêmement restreint: un poisson par jour et par pêcheur, et pas plus de cinq par an.

Pour pêcher à la mouche dans l’Arve, une rivière glaciaire, il faut des conditions précises: niveau bas et eau claire, afin que les poissons puissent distinguer l’appât. Ce qui a en partie motivé la prolongation de la pêche, c’est que le mois de décembre est une des rares périodes où ces conditions sont réunies. C’était particulièrement vrai cette année, vu qu’il a peu plu cet automne et qu’il n’y avait pas d’eau de neige, plus trouble. «Notre présence permet en plus d’effaroucher les oiseaux piscivores comme les harles et les cormorans, qui déciment les populations de poissons», ajoute Steve Bel.

L’ombre commun, jadis abondant dans l’Arve, en a presque disparu. «Notre but est de revaloriser sa pêche, explique Christophe Ebener, président de la Commission de la pêche. Des tests devraient d’ailleurs être faits avec la France pour réintroduire de jeunes ombrets dans l’Arve.»

Les jours les plus ensoleillés de décembre, il y pouvait y avoir une dizaine de pêcheurs à la mouche dans l’Arve urbaine. Ils étaient plus rares juste avant Nouvel-An, sous un ciel gris, pour les ultimes journées de 2015. En attendant que le poisson morde, nos trois pêcheurs se remémoraient les prises faites pendant ce répit bienvenu: «Un jour, j’ai attrapé un bel ombre de 30 centimètres», confie Christophe Ebener, avant de ranger sa canne jusqu’à la saison prochaine. (TDG)