Geneva Street Fishing Genève pêche de rue

Objectif pêche à Genève

L’Allondon bientôt vidée de son eau?

La rivière franco-suisse a atteint cet été son plus faible débit jamais enregistré. Les associations de pêcheurs incriminent le pompage abusif des golfs et des centres équestres.

«L’Allondon, j’ai appris à nager dedans, c’est impossible d’imaginer cela aujourd’hui.» Roger Matty, président de l’Association des pêcheurs du Pays de Gex, se désole. Et pour cause, l’Allondon a atteint en août son plus faible débit jamais enregistré pour cette période de l’année. Son homologue suisse, le président de la Fédération des sociétés de pêche genevoises (FSPG), Christophe Ebener, a, lui, interpellé le président du Conseil d’Etat, François Longchamp, il y a un mois. «Nous sommes atterrés de constater que le captage des petits cours d’eau en France voisine n’a toujours pas été sérieusement considéré par l’administration genevoise», signe-t-il.

D’après les associations de pêcheurs, les responsables de cet assèchement seraient à aller chercher de l’autre côté de la frontière. «Il y a huit golfs et plusieurs centres équestres qui bordent la rivière du côté français et qui pompent de très grandes quantités d’eau dans les nappes d’accompagnement ou dans les sources des affluents de l’Allondon, et cette situation n’est pas nouvelle», dénoncent d’une même voix Christophe Ebener et Roger Matty.

Mesures exceptionnelles

Cette année, le problème a pris une autre dimension. Pour lutter contre le manque de pluie et la chaleur caniculaire de l’été, le département de l’Ain avait décidé l’interdiction du pompage de l’eau dans tout le Pays de Gex, à l’exception de l’eau destinée à être bue. «Nous avons fait face à une sécheresse exceptionnelle cette année, il a fallu donc prendre des mesures tout autant exceptionnelles», explique Guillaume Marsac, directeur général adjoint de la Communauté de communes du Pays de Gex et hydrogéologue de profession.

Malgré cet arrêté préfectoral, les pêcheurs, de part et d’autre de la frontière, accusent les golfs d’avoir continué à pomper dans les nappes d’accompagnement de l’Allondon, préférant recevoir une amende plutôt que d’arrêter d’arroser leurs greens. Une version que corrobore en partie Guillaume Marsac: «Nous avons été témoins d’un certain nombre d’infractions que nous avons immédiatement dénoncées à la Police de l’eau. Les personnes incriminées ont reçu des amendes pour non-respect du code de l’eau.» Il tempère toutefois: «La première responsable de l’assèchement de l’Allondon est la sécheresse elle-même, la crise est principalement liée à l’absence de précipitations.»

Le Léman à la rescousse?

Les golfs contactés se renvoient la responsabilité entre eux ou pointent du doigt l’eau utilisée par l’agriculture. «Cela fait vingt ans qu’il y a des problèmes d’eau dans la région et les golfs sont toujours les premiers incriminés, car notre sport est mal vu. Mais il ne faut pas oublier qu’il est important pour notre région et qu’il y génère plus d’emplois que l’agriculture», dénonce le propriétaire d’un golf du Pays de Gex.

Alors comment régler cette situation? Christophe Ebener et Roger Matty ont un vœu pieux: que le lac Léman puisse être relié au Pays de Gex d’une manière ou d’une autre. Une solution pas irréaliste, selon Gilles Mulhauser, directeur général de l’eau du canton de Genève et cosecrétaire de la Commission transfrontalière de l’eau: «En ce moment, nous faisons un inventaire global et exhaustif de toutes les sources en eau de la région et de leur volume pour explorer toutes les possibilités. A terme, nous pourrions utiliser les plus grosses sources comme le lac pour pallier le déficit des plus petites ou, du moins, trouver des mesures intermédiaires qui concerneraient les gros utilisateurs d’eau comme les lieux de loisirs ou l’agriculture.»

Les poissons touchés par une étrange maladie

Un malheur ne vient jamais seul. L’Allondon, en plus de son assèche-ment, fait aussi face à une étrange épidémie. Les truites de la rivière sont toutes atteintes de la maladie rénale proliférative (MRP). Sans dan-ger pour l’homme, cette maladie se déclare chez les poissons lorsque l’eau dépasse les 15 degrés pendant plusieurs semaines et est contagieuse. En été, elle provoque la mort d’une grande partie des truites. «Parmi les dizaines de milliers de truitelles lâ-chées l’années dernière, aucune n’a survécu. Le dernier contrôle, en sep-tembre, a montré que 100% du peu de truites qui vivaient encore dans l’Allondon étaient touchées par la MRP», explique Christophe Ebener.  CPA