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La crue du siècle de l’ARVE

Intempéries: Une crue exceptionnelle de l’Arve affole et fascine – News Genève: Actu genevoise – tdg.ch

Depuis 4 h 20, on a dépassé la crue centennale de l’Arve! De mémoire de commandant et de directeur hydraulique, c’est une première!», annoncent, samedi aux aurores, Nicolas Schumacher, commandant du Service d’incendie et de secours (SIS), et Francis Pasquini, directeur du Service de l’écologie de l’eau. Il s’agit de la plus importante crue depuis 1968.

Cette crue ne fera heureusement aucune victime. Mais à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels. Les deux hommes n’ont ainsi pas hésité à convoquer une conférence de presse dans l’urgence, à 5 heures du matin. «Nous sommes en situation d’alarme. Le débit d’eau actuel atteint 865 m3/seconde contre 77 m3/seconde en temps normal», précisent-ils. Un débit qui finira même par atteindre 905 m3/seconde, lors du pic de la crue, samedi à 9 h 10!

Dès lors démarre un week-end de folie pour les services de secours et de sécurité, pour protéger les lieux et faire face aux inondations. Dépêchés sur les lieux, 37 hommes du SIS, secondés par 33 pompiers volontaires de la Ville de Genève (où ont eu lieu la quasi-totalité des interventions), de Lancy et d’autres compagnies du canton, ainsi que la Direction générale de l’eau et les forces de police cantonale et municipale, suivent l’évolution de la situation «minute par minute», comme le souligne le commandant du SIS. On installe des bâtardeaux et des sacs sur le quai Ansermet, à la hauteur de la RTS, pour faire barrage.

Un quai, menacé de débordement, qui sera longtemps fermé par mesure de sécurité; tout comme la majorité des ponts surplombant l’Arve. D’abord celui de Wilsdorf, ainsi que la passerelle de la Bâtie, puis – dans l’ordre – les ponts des Acacias, de la Fontenette, du Val-d’Arve, de Vessy. Hier soir, seuls les ouvrages de la Bâtie, du Val-d’Arve et de Vessy restaient condamnés.

Trafic perturbé

Ces désagréments ont passablement perturbé le trafic au centre-ville. «Nous avons diffusé des messages pour informer que la circulation était extrêmement difficile aux abords de l’Arve. Un service de navette TPG a été activé pour faire face à la fermeture de la route des Acacias», relève le capitaine de police André Dudan. Cela n’a pas empêché des bouchons de se former, durant la journée de samedi. Avec son lot de mécontentement.

La pluie devant faire son retour dans la nuit de dimanche à lundi, le capitaine encourageait les automobilistes à se rendre, aujourd’hui, sur leur lieu de travail à pied. Afin d’anticiper toute mauvaise surprise!

De nouvelles inondations ne sont pas à exclure le long de l’Arve. Certaines ont déjà été sérieuses, notamment à Etrembières (lire ci-contre). Genève n’a pas été épargné. Situé à proximité de la rivière, le restaurant du pont de Sierne, à Veyrier, a ainsi dû être évacué vendredi soir. «J’ai commencé à voir l’eau sur le parking vers 19 h. En une demi-heure, le niveau est monté de 10 centimètres. Et quand cette eau s’est trouvée à 20 mètres de l’entrée, j’ai appelé les pompiers», raconte Kathleen, gérante du restaurant chinois Pavillon Kah’Thy. C’est la première fois en dix-sept ans de gérance qu’elle observe un tel phénomène. «L’eau est entrée dans la cave, dans la salle de restaurant, la cuisine. On en avait jusqu’aux chevilles. Il a fallu évacuer vers 1 h du matin», témoigne-t-elle, tout en remerciant la vingtaine de pompiers venus l’aider. Les dégâts? Elle soupire. «Je ne sais pas. Il est trop tôt pour les estimer. J’essaie de ne pas y penser avant ce lundi.»

De nombreuses caves ont également été inondées, et notamment sous la piscine des Vernets. Des bouches d’égouts remontent à la surface avec la pression de l’Arve. Conséquence: plusieurs milliers de mètres carrés au total se sont retrouvés sous l’eau, sur une quarantaine de sites à travers tout le canton. Et notamment les sous-sols de la station d’épuration de la Ville, des bâtiments de Sciences II et Sciences III, ainsi que de Firmenich. Une intervention a encore été nécessaire sur le chantier du CEVA, à la hauteur du Bureau des autos, qui a été évacué.

Le Département de la culture et du sport de la Ville de Genève a, de son côté, indiqué officiellement samedi la fermeture des centres sportifs des Vernets et de la Queue d’Arve, en tout cas jusqu’à dimanche soir. Un meeting international de natation a ainsi été annulé.

Les badauds affluent

Une situation de crise qui a nécessité le déclenchement du dispositif Osiris, réunissant pour l’occasion tous les services compétents des communes concernées: la Ville de Genève, mais aussi Veyrier, Lancy et Carouge. D’autres quais que celui d’Ernest-Ansermet ont d’ailleurs été bloqués à tout usager aux Acacias et à Carouge. Idem concernant la promenade le long du sentier des Falaises, au-dessus du Rhône, dont le débit est également contrôlé; tout comme celui du lac.

Personne ne doit se promener le long des rives de l’Arve, prévient le commandant Schumacher: «Le risque de noyade, de glissement de terrain ou de chutes d’arbre est important.» Un avertissement qui n’aura pas freiné l’élan des badauds. Ils ont massivement afflué vers l’Arve, tout au long du week-end, pour assister à cet impressionnant ballet de tourbillons d’eaux, parsemés d’objets, de gravats et de troncs d’arbres… qui ont fini leur course vers un barrage de Verbois transformé en dépotoir géant. La Pointe de la Jonction s’est quant à elle soudain retrouvée sous l’eau!

Qu’en sera-t-il, ces jours prochains, alors que de nouvelles précipitations sont attendues? «Nos moyens sont planifiés pour faire face», rassure le commandant Schumacher.


Le point faible genevois: le quai Ansermet

De fortes pluies et des cours d’eau qui gonflent au printemps? Rien d’extraordinaire. Alors comment expliquer une telle crue de l’Arve? «Ce phénomène a été amplifié par la fonte des neiges en Haute-Savoie ainsi que d’importants cumuls de précipitations autour du Mont-Blanc», explique François Pasquini, directeur du Service cantonal de l’écologie de l’eau.

Tout a démarré vendredi «avec des pluies particulièrement intenses sur le Chablais et la vallée du Mont-Blanc, précise le spécialiste. La pointe de la crue a été observée à Chamonix vers minuit. Depuis lors, le débit a commencé à baisser, mais cela n’a pas empêché des inondations le long de l’Arve».

Cartes des dangers

Il faut dire que le débit de cette rivière a littéralement explosé ces derniers jours, atteignant 905 m3/seconde à Genève, lors du pic de la crue, samedi, «contre 120 m3/seconde en temps normal, à pareille époque», relève François Pasquini, qui ne cache pas qu’on n’est pas passé loin du débordement sur les quais.

Avec le réchauffement climatique, à quoi faut-il s’attendre? «Les débits vont probablement augmenter, mais un tel événement n’arrive pas du jour au lendemain, rassure-t-il. On prépare des cartes des dangers qui tiennent compte de cette évolution et on prend des décisions de protection pour anticiper ces dangers en conséquence.»

Ainsi, alors que la Confédération a estimé une valeur centennale de 851m3/seconde, Genève a opté pour plus de 900m3/seconde. «Heureusement qu’on est resté dans cette limite, se félicite le cadre de l’Etat. Des caves ont certes été inondées, mais il n’y a pas eu de pertes humaines.» Le scientifique souligne finalement que grâce aux cartes de danger, le point faible genevois, soit le quai Ernest-Ansermet, avait été identifié il y a un an: «On a ainsi pu concentrer les différentes formes d’intervention autour de cet axe. Même si on a évité tout débordement, il faudra toutefois, à l’avenir, envisager de rehausser ce quai pour qu’il puisse protéger naturellement ses environs.»

Car François Pasquini n’exclut pas des phénomènes encore plus intenses et il s’agit de prendre les devants, même si «la protection totale, on ne l’aura jamais».

Tous les ponts sous contrôle

Garantir la sécurité des ponts a aussi été l’une des préoccupations du week-end. Nicolas Betty, chef de service du Génie civil de la Ville de Genève, et son équipe n’ont pas manqué d’activité: les ingénieurs continuent à contrôler l’état des neuf ponts et passerelles, qui surplombent l’Arve; et plus spécialement leurs appuis. A ce sujet, certains se sont étonnés que, contrairement à la plupart des ouvrages qui ont dû être fermés par mesure de sécurité, le pont de Carouge ait été épargné… bien qu’il doive bientôt subir un lifting. Explications du chef de service du Génie civil: «Le tablier de ce pont doit être renforcé, mais ses piles sont très hautes, solides et en bon état. C’est le plus important pour supporter une telle crue.»

Celle-ci aura-t-elle porté atteinte à la qualité des ponts? «Avec l’eau qui baisse, on a déjà pu constater que les ouvrages, globalement en bon état – à l’exception de celui de Carouge – avaient bien résisté».

Il faudra toutefois attendre le contrôle des parties encore cachées pour dresser le bilan.

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