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La crue de l’Arve provoque une pêche miraculeuse

Nature: La crue de l’Arve provoque une pêche miraculeuse – News Genève: Actu genevoise – tdg.ch

«Si possible, ne dites pas dans votre article à quel endroit exact nous nous trouvons! Les autres pêcheurs n’étaient pas très contents que j’emmène des journalistes ici.» Pour ne pas attirer d’ennuis au président de la Fédération genevoise des sociétés de pêche (FGSP), Daniel Jimeno, nous ne dévoilerons donc pas le lieu où ils sont venus taquiner la truite. Car depuis deux semaines, c’est la pêche miraculeuse dans le Rhône et, bien que la nouvelle se soit répandue en quelques jours par le bouche-à-oreille, ils ne tiennent pas à voir tous les pêcheurs de la région envahir leur coin favori.

Le bon côté de la crue

Y aurait-il eu multiplication des poissons comme dans la Bible? En l’occurrence, le «miracle», si l’on peut dire, c’est la crue de l’Arve survenue au début de mai. Pendant les intempéries, le débit du Rhône a été fortement réduit au barrage du Seujet afin de compenser la crue. Mais comme cela a fait monter le niveau du lac, qui a dépassé la cote maximale autorisée, il a ensuite fallu rouvrir complètement les vannes du Seujet pendant des jours. Des centaines de truites lacustres, dites «sardinières», mais aussi des gardons et des perches en ont alors profité pour se faufiler dans le Rhône, qui n’a pas été aussi poissonneux depuis longtemps.

«Le barrage du Seujet a été ouvert pile à la bonne période, quand les truites migrent, ce qui a créé un appel, explique Daniel Jimeno. Alors que d’habitude il faut venir pêcher au moins trois jours de suite pour attraper une truite, j’ai des amis qui ont pris leurs trois poissons autorisés quotidiennement en à peine une demi-heure! Un jour, je suis venu avec mon fils; au bout d’un quart d’heure, il avait déjà une prise.» Et de raconter qu’une truite de 70 centimètres a même été pêchée par quelqu’un dimanche dernier. Damien Sidler, du bureau d’études Coréalis, qui effectue un suivi des migrations de poissons dans le Rhône, confirme: «A la fin de mai, nous avons enregistré jusqu’à sept truites lacustres en vingt-quatre heures dans une passe à poissons, alors que d’ordinaire on n’en voit qu’une de temps en temps.»

Course à la meilleure place

De quoi rappeler à Daniel Jimeno le «bon vieux temps»: «Depuis la construction du barrage du Seujet (ndlr: en 1995), il est rare que la pêche à la truite soit aussi fructueuse dans le Rhône.» L’ouvrage est régulièrement accusé par les milieux de la pêche et les défenseurs de l’environnement de nuire à la migration de la faune piscicole. Une étude est justement en cours pour vérifier à quel point son échelle à poissons est efficace ou non.

Quoi qu’il en soit, l’abondance du Rhône attire beaucoup de monde en ce moment. «Ces pêcheurs, cela fait dix ans qu’on ne les voit plus par ici, confie Daniel Jimeno, qui pêche dans le Rhône depuis 1977. D’habitude, il n’y a personne ici en semaine aussi tôt le matin.» Le premier à occuper les lieux est venu à 7 heures pour avoir la meilleure place. A notre arrivée une heure plus tard, une belle truite de 40 centimètres enfle déjà sa gibecière. Cinq autres pêcheurs s’agglutinent à côté de lui sur à peine dix mètres de rive. «Ils ont choisi le meilleur emplacement, confirme, expert, Daniel Jimeno. Par moments, on peut y voir les poissons remonter le courant tout près du bord.»

Un deuxième pêcheur fait une prise quelques instants plus tard. Malgré notre promesse de discrétion sur la localisation de leur coin, les hommes, méfiants, ne sont pas très loquaces quant au nombre de poissons pêchés ces dernières semaines. Il faut dire que la manne providentielle commence déjà à se tarir et que la pêche miraculeuse pourrait ne plus durer très longtemps. (TDG)

(Créé: 05.06.2015, 17h40)