Geneva Street Fishing Genève pêche de rue

Objectif pêche à Genève

Les poissons s’attrapent aussi au cœur des villes

Les pêcheurs urbains, jeunes et mobiles, courent d’un pont à l’autre à l’affût d’une grosse prise.

Jean, baskets, petit sac à dos. Rien, a priori, ne différencie Steve Bel, 38 ans, et Kevin Held, 17 ans, de citadins en balade dans les rues genevoises. A l’exception qu’ils peuvent taquiner le brochet, la truite ou le barbeau dès qu’il leur en prend l’envie. Et ils ne s’en privent pas, que ce soit à leur pause-déjeuner ou en sortant du travail. Les deux Genevois sont des street fishers, soit des pêcheurs urbains.topelement

Le mouvement, initié aux Etats-Unis et au Japon, a gagné l’Europe il y a dix ans avant de prendre de l’ampleur. Les rivières et fleuves de Paris, de Strasbourg ou d’Amsterdam attirent désormais une nouvelle vague de passionnés de pêche, plus jeunes, plus mobiles et plus citadins, fiers de poster une photo de leur prise sur les réseaux sociaux. En Suisse romande, c’est la cité du bout du lac qui offre le meilleur environnement pour une telle pratique.

«La pêche en ville a toujours existé mais l’évolution technologique du matériel a rajeuni les adeptes et redonné un nouveau souffle à ce sport»

Steve Bel, fondateur de l’association Geneva Street Fishing, qui réunit une quarantaine de membres depuis trois ans, retrouve ses camarades de pêche sur le pont de la Machine devant le bâtiment de la Cité du Temps planté au milieu du Rhône. «La pêche en ville a toujours existé mais l’évolution technologique du matériel, en particulier des leurres, a rajeuni les adeptes et redonné un nouveau souffle à ce sport, explique-t-il.

Tout rentre dans le sac à dos. Il y a ceux qui préfèrent aller au fitness entre midi et deux. Notre plaisir à nous est de marcher d’un pont à l’autre pour pêcher.» Ce jour-là, ils sont cinq à taquiner le poisson sous le soleil de fin de journée. Le courant est fort, les prises difficiles. «Cette activité plaît aux trentenaires qui renouent avec le hobby de leur enfance. C’est convivial. On prend l’apéro en route et on se raconte notre journée en attendant que ça morde.»

Pour Ludovic Cramatte, 38 ans, la pêche urbaine est «totalement addictive depuis dix ans. Contrairement aux cueilleurs de champignons, on partage volontiers les endroits où la pêche est bonne», plaisante-t-il. Autre avantage: ni bateau ni voiture ne sont nécessaires; seul un permis de pêche en rivières est obligatoire.

Particularité genevoise, la pêche au centre-ville se pratique principalement au cadre, une technique vieille d’un siècle inventée par les élèves pendant l’école buissonnière. Ils utilisaient alors l’armature en bois qui encerclait leur ardoise. Quelques endroits acceptent toutefois la canne à pêche traditionnelle, à l’instar de la promenade des Lavandières, à cinq minutes de marche du point de ralliement du jour des street fishers.

Dans leur sac à dos, chacun conserve, bien rangés dans une boîte, ses appâts artificiels. Les leurres attrapent toujours les pêcheurs avant le poisson, lancent-ils en chœur. «Pour certains, l’achat peut être compulsif», reconnaît Steve Bel qui en possède plusieurs centaines. Couleurs, formes; les modèles se déclinent à l’infini (lire ci-contre).

Une bonne dose… d’adrénaline

«Nous avons un très bel espace de pêche avec beaucoup de variétés de poissons, reconnaît Ludovic Cramatte en lançant son fil de nylon depuis le quai des Moulins, où il vient d’apercevoir un barbeau. Ce n’est pas très bon à manger mais c’est rigolo à pêcher.»

Brochet, silure, truite ou encore perche: chacun rêve secrètement d’attraper le plus gros de son espèce. «On n’est jamais à l’abri de tomber sur le poisson de sa vie. Au bout de la ligne, il y a toujours une bonne dose d’adrénaline.»

Des truites de plus de 3 kilos, des brochets de plus de 1 mètre: les street fishers immortalisent leurs plus belles proies avec leur smartphone. «La nouvelle génération aime montrer ses exploits sur les réseaux sociaux. Personnellement, je suis content si je peux donner à manger à ma fille de 3 ans un poisson pêché par mes soins plutôt qu’un filet en barquette acheté dans le commerce», conclut Ludovic Cramatte.

Des leurres toujours plus beaux

Véritable phénomène de mode, le street fishing attire une clientèle plus jeune et mobile, observe Sébastien Plaisant, propriétaire du magasin d’articles de pêche en ligne carnassiers-shop.ch. «Toutes les marques de vêtements spécialisés ont pris le train en marche et développé leurs assortiments de casquettes, de sweats et de T-shirts», explique le Vaudois qui a également ouvert depuis un an un showroom à Romanel. Les traditionnelles cuissardes de pêche en rivières ne font plus partie de la tenue du pêcheur qui court d’un pont à l’autre.

La marque française Naturalish, initiée par un street fisher parisien, ancien directeur artistique, propose par exemple des T-shirts avec des imprimés de poissons graphiques très tendance ou des slogans décalés. L’entreprise pousse l’esprit pêche urbaine jusqu’à proposer des initiations aux enfants pendant les vacances scolaires sur la darse du bassin de la Villette à Paris.

L’équipement s’est aussi sophistiqué ces dernières années, note Sébastien Plaisant qui, à 35?ans, avoue qu’il pêche depuis l’enfance. «Les cannes sont beaucoup plus légères, en carbone et pliables en plusieurs sections». Elles se glissent facilement dans un sac à dos. Quant aux leurres artificiels – l’article le plus prisé des street fishers – ils se déclinent à l’infini. «L’esthétisme s’est énormément renforcé. Il y a quelques années encore, il n’y avait qu’un petit nombre de cuillères en métal et en plastique souple. Un leurre aujourd’hui existe en plus d’une cinquantaine de coloris. Au magasin, j’ai quelque 5000?références. Mais on pourrait largement en avoir jusqu’à 20?000 tant le choix est vaste.»

(TDG)

(Créé: 23.07.2016, 19h15)