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La voie est bientôt libre pour le saumon suisse

La Confédération a mis en place un projet pilote d’élevage pour booster les chances de retour du poisson migrateur.

Ils ont entre 1 et 2 ans, mesurent une dizaine de centimètres et portent sur leurs «épaules» de grandes attentes. Depuis l’automne dernier, 160 saumons juvéniles barbotent en toute insouciance dans un bassin d’élevage, en bordure de la rive zurichoise du Rhin. Disparu de notre pays depuis plus d’un demi-siècle, le saumon atlantique repeuplera-t-il un jour les cours d’eau suisses? La Confédération y compte bien, grâce notamment à cette installation piscicole de Dachsen (ZH).

C’est dans ce village que l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a confié au canton de Zurich le soin de mettre en place un élevage test. Deux autres cantons participent à l’expérience: Schaffhouse, à Neuhausen, et Bâle-Campagne, à Giebenach. Le but est le même. «Nous espérons savoir si des saumons élevés ici peuvent produire une qualité d’œufs satisfaisante, explique Andreas Hertig, adjoint au Service cantonal de la pêche de Zurich. Si c’est le cas, nous pourrons alors commencer à faire de la pisciculture.» Et produire un nombre plus important de poissons géniteurs qui participeront à recréer une population de saumons suisses.

«Nous espérons savoir si des saumons élevés ici peuvent produire une qualité d’œufs satisfaisante. Si c’est le cas, nous pourrons alors commencer à faire de la pisciculture»

Depuis les années 1980, des individus sont réintroduits dans les eaux courantes du nord-ouest du pays. Près de 30 000 saumons juvéniles par an sont aujourd’hui lâchés dans des zones potentielles de frai situées dans la région bâloise et en Argovie. Ils proviennent d’un élevage alsacien. «Cette source ne suffit pas, explique Lukas Bammatter, chercheur scientifique à l’OFEV. Nous ne pouvons pas nous reposer uniquement sur celle-ci pour recréer une population entière.»

110 d’un coup

Il y a un siècle et demi, le Rhin était considéré comme LE fleuve du saumon. Sa partie suisse ne faisait pas exception. Jusqu’au XIXe siècle, l’espèce s’épanouissait aussi dans l’Aar, la Reuss, la Limmat, la Thur, la Töss et d’autres petits affluents du Rhin, jusque dans le lac de Zurich ou celui des Quatre-Cantons. Un jour de 1764, un pêcheur a sorti 110 saumons de la Reuss, raconte un récent article du WWF. En 1956, le dernier spécimen suisse était pêché.

La pollution, la surpêche et l’essor de l’énergie hydraulique ont précipité la perte du «roi» des poissons. En Suisse, c’est avant tout la construction de centrales hydrauliques le long du Rhin qui a causé son extinction en compliquant sa migration vers la mer du Nord. Un saumon y passe une ou deux années avant de revenir dans les eaux douces de sa naissance pour se reproduire. Les poissons indigènes qui entament ce voyage finissent pour la plupart broyés dans les turbines des centrales hydrauliques ou bloqués devant des barrages en sens inverse. Les quelques spécimens pêchés ces dernières années avaient sans doute bénéficié du passage d’un bateau.

Mais la multiplication d’échelles à poissons sur les installations énergétiques est en train de libérer la voie du retour. Si bien que le saumon pourrait très prochainement se frayer un chemin jusqu’en Suisse. Trois centrales hydroélectriques françaises se dressent encore sur sa route, celles de Rhinau, de Marckolsheim et de Vogelgrün. «Cette dernière pose particulièrement problème car les ingénieurs mandatés par EDF prétendent qu’il n’est pas possible d’installer des passes à poissons. Or, selon les différents experts suisses, ce devrait être possible», affirme Pierrette Rey, porte-parole du WWF. Des pourparlers sont en cours pour permettre aux saumons indigènes d’atteindre Bâle sans entrave dès 2020.

Et la pêche?

Une fois arrivé, s’y plairont-ils? Une récente étude commanditée par l’OFEV estime que oui, notamment grâce au programme de renaturation des eaux lancé en 2012. Mais trop d’obstacles à la migration demeurent encore le long du Rhin et de ses affluents suisses pour permettre à l’espèce de prospérer dans son habitat d’antan. La loi oblige les exploitants de centrales ou barrages de les supprimer. Le rapport de l’OFEV juge réaliste un retour du saumon d’ici quinze ans.

Cela ne veut toutefois pas dire qu’on trouvera d’aussitôt du saumon suisse à la carte de restaurants du pays. L’espèce sera protégée le temps qu’elle soit à nouveau fermement réinstallée dans les eaux helvétiques. Cela pourrait prendre des décennies, voire des siècles.

(TDG)

Créé: 11.08.2017, 07h40