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Des pompages qui épuisent les rivières

Pêcheurs genevois et français s’inquiètent du niveau de plus en plus bas de certains cours d’eau. Le Canton veut agir rapidement.

Des parcours de golf tout verts d’un côté et des rivières peu pourvues de l’autre: les pêcheurs genevois s’insurgent contre certains pompages effectués du côté français. Pas assez encadrés, ceux-ci pèseraient lourd dans les faibles débits de rivières telles que l’Allondon, la Drize ou l’Aire. «Cela provoque des soucis d’assèchement et met notamment en péril la population piscicole», explique Maxime Prevedello, président de la Commission genevoise de la pêche. Ces captages peuvent aller du particulier qui utilise illégalement l’eau d’une rivière pour arroser son jardin à des pompages autorisés réalisés par certaines collectivités ou entreprises.

Jusqu’à 60% des débits minimaux extraits

Rappelant que, selon une étude de la Communauté de Communes du Genevois (F), jusqu’à 60% des débits minimaux sont pompés ou captés, la Fédération des Sociétés de pêche genevoises a saisi les autorités cantonales. Elle leur a adressé à l’automne une résolution, signée également par les associations de pêcheurs de l’Ain et de Haute-Savoie (F). Le texte réclame la mise en place d’une stratégie transfrontalière pour garantir en tout temps des débits suffisants. «On dépense des millions pour renaturer des rivières, mais d’un autre côté, on laisse ces cours d’eau s’assécher, c’est paradoxal, souligne Maxime Prevedello. On doit tirer à la même corde des deux côtés de la frontière. Il faut qu’on agisse.»

Du côté haut-savoyard, l’Association des pêcheurs amateurs du lac Léman français partage les inquiétudes suisses: «Tous nos cours d’eau sont très bas, indique son président, Jean-Patrick Mauger. Des deux côtés de la frontière, les constats sont les mêmes. Du point de vue associatif, on ne peut faire que signaler le problème et alerter nos autorités», déplore-t-il.

Des dizaines de millions investis

Le Département de l’environnement, des transports et de l’agriculture genevois (DETA) confirme, lui, les observations des pêcheurs suisses et français. Il «regrette que malgré les dizaines de millions de francs investis des deux côtés de la frontière pour sauvegarder nos cours d’eau communs, dans le cadre des Contrats de rivières transfrontaliers, le plein succès de l’opération soit compromis par des prélèvements mal contrôlés.»

Le chef du DETA, le conseiller d’Etat Luc Barthassat, a indiqué aux pêcheurs début février que son département «s’est saisi de cette problématique et la prend très au sérieux. Un groupe de travail spécifique a été constitué dans le cadre de la Communauté transfrontalière de l’eau pour mettre sur pied une série d’actions à brèves échéances.»

 

 

Source 20 minutes, le 23/02/2017

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Rivières genevoises : la concertation ça sert à quoi ?

La plupart des décideurs, qui le sont devenus grâce à leurs brillantes études, adorent la concertation, la planification, les réunions et toute une série de processus longs et coûteux qui se terminent en « ion », dont l’intérêt principal est d’abouBr à des décisions frileuses tout en diluant les responsabilités, et surtout visant en fin de compte à les maintenir en place.

Appliqué aux eaux genevoises, cet état d’esprit n’a pas démérité : des séances ont réuni des gens de tous bords, des indicateurs ont indiqué des milliers de choses, et des études ont conclu qu’il fallait étudier plus. Pendant ce temps, les truites ont disparu du Rhône, les captures dans l’Arve se sont effondrées, et la somme annuelle des poissons capturés dans l’Allondon est inférieure au nombre de prises conservées par un seul pêcheur dans les années quatre-vingts ! Tout cela en une génératon !

La conclusion qu’il faut en Brer est simple : la concertaBon et ses milliers d’heures de travail bénévole n’a servi qu’à accompagner la lente agonie des rivières genevoises.

Autrement dit, les défenseurs des cours d’eau seraient bien inspirés de renoncer à leurs alliances contreproductives avec les pouvoirs en place, et de parBr en croisade, avec force et indépendance, contre les ennemis de la vie aquatique. Sans cela, il ne restera bientôt rien d’autre que des populations en voie de dispariton et des bassins d’élevage pour des truites de pisciculture.

Info pêche 77

 

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L’OFEV contre les poissons !!!

L’office fédéral de l’environnement (OFEV) a refusé d’octroyer au canton de Genève la possibilité de tirer quelques harles, protégés au niveau fédéral, afin de déterminer leur régime alimentaire sur la Versoix et sur l’Arve, rivières qui abritent

des populations uniques d’ombres communs, très menacés au niveau Suisse. Son argumentaire, frileux, technocratque et inapplicable, fera l’objet d’un article détaillé dans un prochain numéro de l’Info-pêche.

L’OFEV s’est par ailleurs montré critique face à la volonté des SIG d’augmenter le débit minimum du barrage du Seujet sur le Rhône à 100 mètres cubes par seconde, imposant à ces derniers de démontrer que ce débit augmenté est plus favorable

qu’un débit minimum inférieur (nous n’inventons rien !). Force est de constater que l’OFEV se profile actuellement comme une force d’oppositon à la pêche et à la sauvegarde des poissons qui figurent sur la liste des espèces menacées. Il est grand temps que cet office de plus en plus « dogmatique » soit contrôlé et assujetti à son autorité politique légitime !

Une résolution de la FSPG, signée par l’ensemble de la Commission de la Pêche, demandait que l’administration prenne des mesures pour limiter les captages et les pompages sur les bassins versants français des rivières genevoises.

Une réponse nous est parvenue début février, où le Conseiller d’Etat M. Luc Barthassat nous signale que : « Les constats de la Commission sont exacts, et leur origine est souvent située au delà de la frontière genevoise. C’est pourquoi il est pertinent d’élaborer une stratégie transfrontalière et suivre en ce sens l’invite de votre résolution ». Et le courrier précise que la DGEau a reçu instruction de renforcer la coordinaton avec les acteurs français et de proposer un plan d’actions dans le cadre de la Communauté transfrontalière de l’eau qui a reçu le mandat de préparer à brève échéance un projet de stratégie. En espérant que l’administration obtiendra des résultats plus probants que pour la régulation des piscivores…

 

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Les espèces «exotiques» colonisent le Léman

Les animaux introduits par l’homme se plaisent dans le lac. Les conséquences inquiètent et les causes agacent.

Quand elles y ont trempé, elles ne peuvent plus s’en passer. Introduites par l’homme (dites «exotiques» ou «non endémiques»), plusieurs espèces de poissons et de crustacés semblent s’épanouir dans le Léman au point de s’y développer. Une prolifération symbolisée par le cas du silure, espèce naturellement présente dans les lacs de Neuchâtel ou de Morat, mais qui s’invite désormais fréquemment dans les filets des pêcheurs lémaniques. «Il y a quelques années, il était question d’un ou deux individus au large de Nyon. Maintenant, il colonise le grand lac et nous savons que plusieurs dizaines de jeunes, originaires de la retenue de Génissiat, en France, remontent actuellement le Rhône genevois», confirme Frédéric Hofmann, inspecteur de la chasse et de la pêche du Canton de Vaud.

Equilibre menacé

Une invasion qui pose la question des conséquences sur l’écosystème puisque le silure s’embarrasse peu au moment de se nourrir. Poissons de toutes sortes, oiseaux d’eau, batraciens voire petits mammifères, l’animal est du genre gourmand. «Nous sommes quand même inquiets car c’est un environnement où les équilibres sont complexes. Si vous touchez un élément, le risque est d’introduire des biais qui peuvent déboucher sur des catastrophes», réagit Daniel Chollet pour la Fédération internationale des pêcheurs amateurs du Léman.

Si les effets concrets sur la biodiversité sont difficiles à déterminer à ce stade, il est désormais admis que le silure est capable de se reproduire dans le Léman. «Bien que ce constat soit peu réjouissant, la taille du lac permettra sans doute d’atténuer l’impact sur la faune aquatique, témoigne Frédéric Hofmann. En réalité, il y a d’autres espèces non endémiques qui nous inquiètent plus sérieusement.» Car le silure n’est pas seul à avoir pris ses aises entre Suisse et France. Le pseudorasbora, par exemple, surnommé goujon asiatique, s’y plaît aussi: presque une friture par rapport aux mensurations de l’ogre (ndlr: un silure de 2,25 mètres pour plus de 80 kilos a été pêché en avril 2015 dans le lac de Morat), et pourtant… «Il est potentiellement vecteur sain d’un parasite qui pourrait contaminer d’autres espèces de poisson. Ce cas de figure n’a toutefois pas encore été confirmé dans le Léman», prévient le spécialiste.

Les conséquences sont en fait très variables d’un plan d’eau à l’autre et en fonction des espèces concernées. Au lac de Bret, où le sandre a été introduit, des déséquilibres avec les effectifs de perche ont été observés il y a une décennie. Dans le Léman, les écrevisses dites américaines arrivées dès les années 1970 et porteuses résistantes d’une maladie mortelle (la peste) ont décimé les écrevisses indigènes. La blennie fluviatile, prédateur important d’œufs, a également fait son apparition en 2010. Ajoutez à cela la perche soleil ou encore le poisson-chat, désormais familier du Léman, et la nasse est pleine.

«Face à toutes ces espèces, il y a un peu d’inquiétude. Maintenant il va y avoir du black-bass, du sandre… On préférerait se contenter des espèces indigènes plutôt que de voir arriver de nouvelles écrevisses qui s’installent dans les secteurs à poissons pour dévorer les œufs, réagit Henri-Daniel Champier, pêcheur professionnel à Clarens. Si les nouveaux arrivants pouvaient faire des petits et être commercialisés, ça ne me dérangerait pas. Mais si ce sont des espèces concurrentes, c’est un problème.» Bien qu’il se mange, le silure reste en effet un poisson de vase, un seigneur des fonds qui ne convient pas à tous les palais.

Originaires du bout du lac

Au-delà des conséquences incertaines, tout le monde regrette les causes supposées de cette colonisation. «En l’état des connaissances, il est fort probable que la plupart de ces espèces proviennent du Rhône franco-genevois. Certaines ont vraisemblablement été introduites à proximité des barrages de Génissiat, de Chancy-Pougny ou de Verbois, et nous savons qu’elles peuvent franchir les passes à poissons, explique Frédéric Hofmann. Cela pourrait être l’œuvre de quelques pêcheurs amateurs malintentionnés, mais pas des associations faîtières.» Des poissons relâchés directement dans le Léman ou dans des plans d’eau alentour, destinés à la pêche sportive et qui auraient migré avant de se multiplier. Voire des poissons d’aquarium jetés par négligence dans le grand bain.

«Ce que nous aimerions, c’est que les autorités surveillent le no-kill pour éviter qu’un tourisme de pêche s’installe et que les silures soient pêchés puis relâchés pour constituer une future prise plus volumineuse», réclame Daniel Chollet. Le Canton affirme s’y employer, mais l’immensité du territoire rend parfois cette tâche difficile. «Et il faut comprendre que les causes de ces invasions sont multiples. Ce qui fait que les espèces non endémiques sont hélas toujours plus nombreuses et s’acclimatent trop aisément», constate Frédéric Hofmann.

(TDG)

(Créé: 18.02.2017, 10h21)

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Ouverture de la pêche 2017

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Aux siècles passés, Genève a rêvé d’une autre rade

Une gare à Rive, un Jardin anglais géant et des rails sur l’île Rousseau: zoom sur les projets d’aménagement de la rade passés à l’as.

 

Gallerie photo : http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/siecles-passes-geneve-reve-rade/story/17440099

 

Le milieu du XIXe siècle sonne le glas du renouveau pour la rade, qui se transforme. De nombreuses opérations lui tracent de nouvelles courbes, lui façonnent un nouveau profil. Mais depuis, sa morphologie n’a pas subi de transformations majeures: elle est comme figée. Alors que les usages ont, eux, évolué. Pour tenter de mieux mettre en valeur ce site, le maire de Genève, Guillaume Barazzone, a lancé un concours d’idées pour son réaménagement. D’autres avant lui ont tenté de modifier ce bassin, sans succès. L’occasion de découvrir quelques projets méconnus –on fera l’impasse sur les nombreux projets de traversée – qui auraient pu changer la face de la rade mais qui sont passés à l’as.

Lire aussi:
Et si on s’inspirait des rades de Zurich et de Lucerne?
Notre dossier sur l’aménagement de la rade

Une gare proche des rives

Le XIXe siècle incarne l’époque des grandes mutations, le cœur de la cité se déplace de la Vieille-Ville (appelée alors Haute-Ville) vers les rives du lac. Guillaume-Henri Dufour, ingénieur cantonal et colonel, est l’un des artisans majeurs de ces changements. «Dès 1830, sous son impulsion, la ville se débarrasse de ses vieilles constructions, repousse ses activités artisanales pour libérer les quais et en faire des lieux de promenade. La Rive gauche est réaménagée», rapporte Pierre-Henri Severac, architecte genevois qui a produit l’an passé un travail de master à l’EPFL sur «La crise identitaire de la rade». L’ingénieur fera construire le pont des Bergues, le pont de la Machine, posera les jalons de l’île Rousseau et du Jardin anglais, entre autres.

A ce moment-là, on réfléchit aussi à la création d’une gare –?l’avènement du transport ferroviaire n’est pas loin – et surtout à son emplacement. Guillaume-Henri Dufour propose des lieux proches des rives. «Les voies d’eau et ferroviaires étaient alors pensées comme des modes de transport complémentaires», indique Bénédict Frommel, historien à l’Office du patrimoine et des sites. Dufour propose notamment Plainpalais, «un bon emplacement en termes d’accessibilité». Un architecte et entrepreneur genevois, Jean-Marie Junod, imagine, lui, une gare à Rive. «C’était alors le cœur marchand de la ville, continue Bénédict Frommel. De plus, il possédait justement des terrains à cet endroit, c’était un coup double pour lui!» On imagine même un viaduc «qui permettrait de relier par le rail le port de Longemalle et les Pâquis, en passant par l’île Rousseau». D’autres, en revanche, plaident pour une gare sur la Rive droite, certes moins accessible mais qui ouvre la possibilité de prolonger la ligne ferroviaire vers le reste de la Suisse. On évoque encore l’idée, plus farfelue, d’utiliser le fossé des fortifications comme axe ferroviaire. «Mais Dufour montre que cette option est inintéressante, précise Bénédict Frommel. Le potentiel de croissance de la gare serait limité, tout comme le prolongement des lignes.» Ces projets sont balayés par le Conseil d’Etat. Et la réflexion sur la question ferroviaire repoussée, avant la construction de la gare à Cornavin, en 1855.

L’Etat veut une rade-port

Parallèlement à ces questions ferroviaires se pose celle des fortifications, indique Pierre-Henri Severac. En 1848, un premier concours pour l’agrandissement de Genève sur le périmètre total ou partiel des fortifications est lancé. On évoque une extension partielle de la ville, soit sur la Rive droite, la place du futur square du Mont-Blanc, soit sur la Rive gauche, à Rive et Longemalle. L’architecte Samuel Darier remporte le concours, il envisage notamment un remblayage sur le lac pour agrandir la ville sans toucher à l’enceinte bastionnée. Mais la démolition des fortifications un an plus tard met un terme à son travail. La ville peut enfin s’étendre et double sa taille.

Les réflexions portent aussi sur les infrastructures portuaires. Il existe alors un port à Longemalle, un autre aux Pâquis (sur la commune du Petit-Saconnex) et un dernier à hauteur du Jardin anglais appartenant aux Eaux-Vives. «Samuel Darier plaidait pour un port unique sur la Rive droite, aux Pâquis, raccordé au rail pour une voie tracée le long de la rue des Alpes», rapporte Pierre-Henri Severac. En 1856, le Conseil d’Etat tranche: il y aura une rade-port, composée d’entités symétriques sur chaque rive.

Pierres du Niton sur terre

En 1870, c’est la question d’une extension du Jardin anglais qui occupe les architectes. Et certains laissent libre cours à leur imagination. L’un imagine un immense jardin avec casino, plates-bandes, larges allées, jardin zoologique… «Dans ce projet, l’emprise sur le lac est si importante que les pierres du Niton sont reléguées dans un bassin artificiel!» sourit Pierre-Henri Severac. Le jardin sera agrandi en 1871, avec moins de faste que le prévoyaient certains.

Puis les legs du parc La Grange et de la propriété Plantamour au début du XXe siècle encouragent les velléités d’interventions le long du lac. Des études d’élargissement des quais des deux rives sont lancées, un projet de grandes promenades publiques entre la jetée des Pâquis et le parc Mon Repos est réalisé en remblayant une partie du lac.

Dans la foulée, un concours est lancé pour créer une promenade et un parc sur la Rive gauche, entre le Jardin anglais et le Port-Noir. «Le projet lauréat et le deuxième prix seront vivement critiqués pour leur monumentalisme et le concours déclenchera un débat public animé autour du bien-fondé d’un «quai-promenade» supplémentaire», souligne l’architecte genevois. Les lauréats rêvent à de grands établissements de bains, des kiosques à musique et débarcadères, à des tribunes pour les jeux nautiques et «de grandes pelouses pour des jeux divers». Le Conseil d’Etat, insatisfait, lance un contre-projet. Il ajoute un golfe, conserve des bains, rabote la superficie des espaces verts tout en introduisant une pelouse «créée spécialement pour les ébats de la jeunesse». Après un référendum, un troisième projet, consensuel, sera réalisé en 1930.

Une plage déclencheur

Enfin, citons encore une dernière initiative, rejetée sous sa forme initiale mais qui devrait voir le jour sous une forme modifiée: la plage des Eaux-Vives, dont on vient d’apprendre que le chantier pourra démarrer cet été et être terminé pour 2019. Pour Pierre-Henri Severac, cet aménagement peut avoir un effet déclencheur. «Jusqu’à présent, on était confronté au syndrome de la page blanche, qui figeait toute modification de la rade. Là, on écrit une première phrase. J’ai bon espoir que cela ouvre la porte à d’autres changements, à une désacralisation des lieux, pour permettre de transfigurer enfin l’identité de cet espace en un réel lieu de détente et de loisirs, sans le dénaturer.»

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Et si on s’inspirait des rades de Zurich et de Lucerne?

Dans son travail de master à l’EPFL, l’architecte Pierre-Henri Severac a également étudié l’aménagement des rades de Zurich et de Lucerne. Des modèles à suivre? «Elles peuvent en effet servir d’inspiration. La ville de Zurich a notamment un rapport à l’eau intéressant, elle ne gèle pas l’accès aux rives. Des bains éphémères sont répartis le long de la rade et proposent des lieux de détente avec un accès à l’eau grâce à des échelles, des marches, etc.» Même accès facilité à Lucerne. «Et ses espaces verts au bord du lac sont plus nombreux qu’à Genève, alors que la ville est plus petite.» L’architecte relève encore qu’à Genève, «les sports nautiques côtoient des espaces que les habitants confondent parfois avec des lieux de baignade. Il faudrait revoir l’emplacement de ces zones.» Autre différence entre les rades: la présence d’activités professionnelles. «A Genève, à la sortie du Jardin anglais, on se retrouve face à des baraques de chantier, des cabanes de pêcheur taguées, des grues portuaires, des remorques de voiliers. Alors que les quais zurichois, eux, laissent peu de place aux professionnels: les chantiers navals et autres activités de maintenance des bateaux sont repoussés en dehors de la zone touristique et de promenade.» Et de préciser: «Il ne faut pas tout enlever mais il faut mieux valoriser ces activités ancestrales. Par exemple, avec des cabanes plus esthétiques ou en mettant mieux en valeur la Neptune, qui est masquée par des bornes de tri…»

L’architecte compare encore les systèmes d’amarrage: «A Genève, la promenade se mélange à 200 catamarans et dériveurs amarrés à quai. A Zurich comme à Lucerne, les bateaux sont mis à l’écart par des bouées ou des pontons. La zone portuaire présente ainsi moins de places au port.» Enfin, l’architecte s’est intéressé aux axes routiers. «Au centre-ville de Zurich, les routes se situent à proximité directe de l’eau. En revanche, elles s’écartent des rives dès leur sortie du centre. A Genève, c’est le cas seulement sur la Rive droite. Sur la Rive gauche, on joue au ballon sur une pelouse collée à une route où les voitures roulent à 60 km/h!» Comment dévier les routes sans raser des habitations? «On pourrait imaginer une tranchée couverte, cela aurait certes un coût mais ce n’est pas irréalisable! On pourrait aussi augmenter la capacité du parking de Genève-Plage pour encourager le dépôt des voitures hors de la ville. On peut repenser la rade sans la dénaturer.» (TDG)

(Créé: 14.02.2017, 10h16)

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Street art de rue

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Comment le froid et la bise évitent l’asphyxie au lac Léman

Le fond du lac ne s’oxygène qu’en hiver. Une respiration favorisée par les grands froids, et mise à mal par le réchauffement climatique.

 

Les températures dépassaient à peine – 3 degrés, hier à Genève. Et ce temps frigorifique fait un bien fou au Léman. «Si le froid et la bise continuent, un brassage complet du lac pourrait se produire. Le dernier remonte à 2012», relève Audrey Klein, secrétaire générale de la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (Cipel).

C’est que ses profondeurs ne «respirent» qu’une fois par an, en hiver. «En été, les eaux profondes sont séparées des eaux de surface, explique Robert Schwefel, spécialiste de la physique des systèmes aquatiques à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Elles ne se mélangent pas parce que la surface du lac est plus chaude et donc plus légère que l’eau en profondeur.» Le brassage des eaux, qui amène de l’oxygène au fond du lac, n’a lieu que sous certaines conditions: «Le lac est stratifié en différentes couches de températures, ajoute Audrey Klein. Lorsque ces couches atteignent une température homogène de 4 °C, de la surface au fond, la bise peut entraîner la masse supérieure d’eau et permettre un brassage complet des eaux.» Cette température correspond à la densité maximale de l’eau douce.

La Cipel mesure la concentration en oxygène du Léman vingt et une fois par an, à différentes profondeurs jusqu’au fond du lac. L’organisme surveille son état depuis 1957. Un de ses objectifs est de maintenir une concentration d’oxygène toujours supérieure à 4 milligrammes d’oxygène par litre d’eau. En 2015, cette concentration était de 2,29 mg par litre.

«Le lac Léman se porte encore relativement bien, commente Robert Schwefel. En revanche, d’autres lacs en Suisse, notamment ceux de Baldegg et de Hallwil, sont mal oxygénés, et par conséquent manquent de nutriments pour la faune aquatique. Ces deux lacs doivent être oxygénés artificiellement, au moyen de bonbonnes d’oxygène, ce qui est très coûteux.»

Dans un article publié en novembre avec trois coauteurs, le chercheur étudie l’impact que le réchauffement pourrait avoir sur l’oxygénation du lac. Selon leurs conclusions, l’«hypoxie» des eaux les plus profondes – un état dans lequel l’oxygène manque au point que cela menace la vie des organismes vivants – augmentera de 25% d’ici à 2100 à cause de la réduction des brassages hivernaux.

Dans combien de temps cette évolution pourrait-elle affecter la faune lacustre? «C’est difficile à dire. Selon notre étude basée sur des scénarios climatiques, la durée entre deux brassages des eaux complets va probablement passer de quelque cinq ans à environ dix ans, poursuit Robert Schwefel. Dans l’intervalle, les conditions empirent pour la faune et la flore lacustre.»

(TDG)

(Créé: 26.01.2017, 17h12)

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Salon de Thoiry 2017

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Quand le ciel tombait sur la tête des Genevois

Inondations, tremblements de terre et autres vagues de froid: Genève a de tout temps subi la furie des éléments. Un livre retrace l’histoire de ces catastrophes depuis le Moyen Age.topelement

Plusieurs ponts fermés, des caves inondées, le Musée d’ethnographie sous haute surveillance. Survenue le 2 mai 2015, la plus forte crue de l’Arve en 80 ans est la preuve que Genève n’est pas à l’abri de la furie des éléments. D’ailleurs, elle l’a souvent subie au cours de son histoire, comme le rappelle Emmanuel Garnier dans Genève face à la catastrophe, 1350-1950, paru aux éditions Slatkine. Ce chercheur au CNRS, historien du climat et des risques, ne recense pas moins de 133 tremblements de terre, intempéries et autres cataclysmes. Et la liste n’est pas exhaustive.

Principal ennemi: le froid

L’événement le plus récurrent, c’est la vague de froid. En janvier 1684, par exemple, le lac gèle pendant dix-huit jours, un record historique. Toute la rade est prise dans la glace, ainsi qu’une partie du Rhône. Le commandant de la garde s’inquiète pour la défense de la ville, car l’Escalade savoyarde de 1602 est encore présente dans les esprits, et les armées du roi de France et du duc de Savoie sont aux portes de Genève. Afin d’éviter qu’elles ne profitent de la «banquise» pour envahir la ville, la garde est renforcée autour de la rade. Pour ne rien arranger, le Rhône gelé empêche les moulins de tourner et les boulangers, à court de farine, ne peuvent plus fournir la population en pain. Finalement, les autorités demandent aux soldats de briser la glace.

Deux siècles plus tard, en janvier 1891, c’est l’approvisionnement énergétique de Genève qui est mis à mal par le gel des eaux. Le charbon et le coke, en provenance de Lyon, viennent à manquer. Les prix montent, et avec eux la grogne populaire: on accuse des notables de stocker du combustible alors que les pauvres n’ont plus de quoi se chauffer. Près de 1400 immeubles sont en outre privés d’eau car les conduites gèlent. On doit les dégeler avec des feux de bois et des jets de vapeur. Et pour couronner le tout, la ville se retrouve quasiment coupée du monde. Les bateaux restent à quai, prisonniers des glaces, les routes et voies ferrées, enneigées et verglacées, sont impraticables et le courrier ne passe plus.

Troubles sociaux

Les étés apportent aussi leur lot de malheurs. Hormis les canicules et les sécheresses, «l’année sans été» de 1816 entre dans les annales. Le gigantesque nuage de cendres émis par l’éruption d’un volcan indonésien un an plus tôt fait baisser l’ensoleillement en Europe, et provoque la chute des températures et des pluies diluviennes. Les récoltes sont misérables. Des vagues de réfugiés climatiques, notamment suisses, émigrent en Amérique, alors que le nombre de pauvres explose et que des troubles sociaux éclatent un peu partout. A Genève, le prix du pain augmente de plus de 60% en six mois. Les autorités réglementent le marché des grains pour freiner la spéculation, organisent la distribution de pain à bas prix et interdisent de vendre la production locale de patates en dehors de Genève. Mais des placards dénonçant les accapareurs fleurissent sur les murs de la ville. Et le 17 octobre 1817, au marché du Molard, l’explosion des prix déclenche l’émeute dite «des pommes de terre», rapidement réprimée par les forces de l’ordre.

Séismes et raz-de-marée

Etonnamment, le tremblement de terre est le deuxième type de catastrophe naturelle le plus fréquent à Genève depuis 600 ans. Emmanuel Garnier n’en dénombre pas moins de trente-sept. Ainsi, le 2 mai 1682, un séisme réveille les Genevois à deux heures du matin, suscitant «une grande épouvante», comme le note le pasteur Flournoy dans son journal. De nombreuses cheminées s’effondrent, et même des pans de la muraille de la cité.

En décembre 1755, une réplique du tremblement de terre ayant rasé Lisbonne un mois plus tôt est ressentie jusqu’à Genève. Traumatisée par le désastre portugais, la population est prise de panique, même si cela ne cause que «le tintement de quelques sonnettes et le remuement de la vaisselle dans les lavoirs et les buffets». Un témoin écrit que Voltaire, dans sa résidence des Délices, voit sa bouteille de vin tomber de la table. Mais ce n’est rien à côté du séisme du 11 mars 1584, ressenti dans tout l’arc lémanique. Un glissement de terrain engloutit le village vaudois d’Yvorne, dans le Chablais, et provoque un mini raz-de-marée pénétrant sur vingt mètres les rives occidentales du Léman. Cet événement rappelle le tsunami de l’an 563, quand l’effondrement d’un pan de montagne à l’autre bout du lac avait engendré une vague de 8 mètres de haut qui avait atteint Genève et submergé ses murailles.

L’Arve en furie

La vie des Genevois est aussi rythmée depuis des siècles par les inondations et les crues, en particulier celles de l’Arve, qui font de gros dégâts et atteignent fréquemment l’actuelle place Neuve. Du XVIe au XVIIIe siècle, le pont la franchissant est détruit à au moins quatre reprises. Par ailleurs, la force de ses crues entraîne parfois un reflux des eaux du Rhône, qui fait tourner les moulins à l’envers! C’est ce qui se produit notamment fin novembre 1570, pendant vingt-quatre heures. On déplore alors des noyés et l’hôpital des pestiférés de Plainpalais, inondé, doit être évacué.

En 1733, l’Arve déborde deux fois, en septembre et en décembre. Les gens se déplacent en barque entre le Mail et la Coulouvrenière. Plusieurs maisons sont emportées par les eaux (voir illustration ci-dessus). Le pont reliant Carouge est à nouveau détruit et le village doit être ravitaillé par bac. Il faudra attendre les importants travaux d’aménagement des rives entrepris au XIXe siècle pour que les dégâts causés par l’Arve soient considérablement réduits.

Conserver la mémoire

Selon l’historien du climat et des risques Emmanuel Garnier, conserver la mémoire des catastrophes qui frappèrent Genève au cours de son histoire est crucial pour mieux faire face aux dangers naturels à venir. Mais il craint que cette mémoire ne s’éteigne, à défaut d’être formalisée. «L’éclairage historique livre un témoignage exceptionnel de la résilience d’un peuple urbain confronté régulièrement à l’adversité naturelle, qu’elle soit climatique ou géologique, écrit-il. Après chaque épreuve, la ville sut conserver la mémoire des extrêmes dans le but évident de mieux s’en prémunir s’ils devaient se reproduire.»

L’auteur souligne ainsi que ces crises favorisèrent la prise de décisions innovantes par les autorités, soucieuses d’assurer la sécurité de la population et la prospérité économique autant que de prévenir d’éventuels troubles sociaux. Par exemple, la Chambre des blés est créée en 1628 dans le but de réguler les prix sur le marché. En 1581, pour suppléer au manque de blé, on avait même fait venir du riz d’Italie, et cette céréale, alors pas encore consommée en Europe septentrionale, s’était fait une place dans la cuisine des Genevois. Depuis le Moyen Age, on s’est par ailleurs efforcé de lutter contre les crues de l’Arve par des mesures foncières et des travaux d’endiguement. Après le grand froid de 1891, on décide de puiser l’eau du réseau municipal à 30 mètres de profondeur dans le lac, afin qu’elle soit moins froide, et on enterre les conduites à 1,20 mètre pour éviter qu’elles ne gèlent.

Emmanuel Garnier constate également que l’idée selon laquelle l’époque contemporaine connaît davantage d’aléas climatiques est erronée. Il en veut pour preuve que les inondations étaient deux fois plus fréquentes au XIXe siècle qu’au siècle suivant. (TDG)

(Créé: 04.01.2017, 19h16)